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Le Fauteuil de Colbert
Crédit : Chloé Maillier, à l'Hôtel de la Marine à Paris avec ses élèves.
J'aimerais vous parler d'une autre facette de la politique active de rayonnement de la Marine nationale dans la société française. Le défaut d'une marine c'est qu'elle doit prouver son utilité
régulièrement. En quoi l'activité des escadres participe-t-elle à la sécurité du pays ? Une question fondamentale dont la réponse conditionnera les moyens alloués à l'arme navale.
Si son activité est connue plus facilement des territoires des littoraux, ce n'est pas forcément le cas de l'arrière-pays. Toutefois, cela ne garantit pas non plus que l'activité de l'Armée de
Mer soit comprise par les littoraux, c'est dire le travail à réaliser dans l'arrière-pays !
Les marins, et en particulier les officiers (du rôle social de l'officier, Maréchal
Lyautey1 ?), ont donc comme prérogative, presque comme devoir, de faire connaître leur métier et en quoi consiste leur action tout au long de l'année. Oui, la politique de
rayonnement ne veut pas dire mettre en valeur, cela signifie avant tout faire connaître l'intérêt des missions de la Marine et tenter de prouver son utilité.
Crédit : Chloé Maillier.
J'ai moi même pu en bénéficier de cette politique quand j'ai été invité à bord de la frégate La Motte-Picquet2. La démarche de son
commandant est d'inviter des acteurs des société civile, "militaire et marine" ou assimilées afin que les officiers du navire puissent s'insérer dans le système local de la Défense nationale. Le
but à atteindre est que ces personnes puissent échanger entre elles car elles participent à la mise en oeuvre d'une frégate, par exemple. Ce n'est pas rien de pouvoir rapprocher ces différents
acteurs, cela facilite le dialogue, évite les malendus et permet de gagner du temps.
Ce n'est pas suffisant malheureusement. Le travail nécessaire pour faire rayonner la Marine dans la société nécessite de la faire connaître dans des milieux sociaux qui ne sont pas prédisposés à s'y intéresser. Le défi est géographique :
La Marine et Clisthène
Il est possible de comparer la politique de rayonnement de la Royale à la réforme des tribus et des dèmes sous Clisthène au VIe siècle avant Jésus-Christ à Athènes.
Le territoire athénien est alors divisé politiquement en trois ensemble : la ville (asty), la côte (paralie) et les terres intérieures (mésogée). Ce découpage territorial arbitraire permet de rassembler les populations en des groupe politique confondant les citoyens des trois ensembles. Ainsi, une tribu est composée de trois "trittyes" : d'un groupe de population de chaque "région".
L'intérêt supérieur de cette réforme est bien sûr de méler les intérêts des trois zones géographiques afin de favoriser une réflexion et une politique équilibrées pour associer tout les territoires au développement d'Athènes.
La politique de rayonnement de la Marine nationale c'est exactement pareil que cette antique réforme ! La différence est que la Marine a des outils plus complexe et beaucoup moins codifiés.
Le nom du navire
Le nom du navire est l'un des premiers moyen pour la Marine de se lier à un territoire : nommer une frégate Bretagne c'est chercher à trouver un ou plusieurs parrains dans cette région. De cette
appellation et de ces parrains découleront des liens qui permettront à l'équipage de communiquer avec de nombreux membres de la société civile, le plus courant étant les élèves.
A l'époque de l'Ancien Régime on a même vu les "collectivités locales" offrir des vaisseaux à la Marine Royale, en échange les navires portés le nom de la généreuse collectivité. Ce mécanisme
fait un retour en force en France mais dans un domaine tout autre : vous avez peut être pu observer l'opération de "naming" qui consiste à nommer une enceinte sportive en homme au plus généreux
mécène. Vous pensez à l'Allianz Arena, n'oubliez pas le Pepsi center...
Une frégate FREMM du nom de la Bretagne, ce n'est peut être pas très pertinent, et c'est un mauvais exemple, car la Bretagne est déjà une région très, très sensible aux faits maritimes et navals.
En revanche, une frégate FREMM qui se nommerait Picardie, Auvergne ou Alsace ce serait un meilleur moyen de créer un lien entre la mésogée française et la Marine.
Autre critique, il existe 26 régions en France. Il y aura 11 frégates FREMM. Je veux donc dire que des officiers de la Marine nationale ont délibéremment choisi de "snober" 15 régions, ce qui
n'est pas rien. Il est tout à fait surprenant que la Royale ne rende jamais hommage aux DOM et COM alors que ces territoires n'auraient jamais été français sans le concours de la marine...
Les noms de régions devraient être attribués à une série ou un ensemble de patrouilleurs car il y aurait eu de grandes chances que toutes les provinces soient représentées. De plus, ce sont des
navires dont la mission est essentiellement la protection des territoires marins de l'Hexagone. Donc, ceux qui suivent l'activité des patrouilleurs peuvent autant être sensibilisés à la lutte
contre la pollution, la contrebance de drogue, la pêche illégale, etc... De façon plus simple, les patrouilleurs révèlent la complexité des missions de la Marine, à dos d'hippocampe sur la
Défense et la Sécurité.
De plus, un navire bénéficie de la générosité de son équipage et celle là peut assumer plus d'un parainage. Une région peut avoir "son" navire, cela n'empêche pas l'unité navale d'avoir un lien
plus direct avec un département ou une ville.
Le potentiel du jumelage
Un autre moyen de rayonnement est le jumelage des cités. Ce n'est pas un outil dont dispose la Royale, mais il peut offrir de très grandes perspectives.
Une ville comme Brest est par exemple jumelée avec Plymouth en Angleterre. Les élèves de la ville peuvent donc se comparer avec l'équivalent anglais de l'arsenal du Ponant. La Royale peut alors
intervenir pour présenter ses missions européennes via le partenaire anglais. Pourquoi ne pas imaginer une interaction entre des élèves français et des équipages anglais ? Vice-versa pour les
anglais ?
A contrario, on ne comprendra pas le jumelage de Brest avec Denver, Colorado. Le choix logique aurait plutôt été Norfolk en Virginie. Si on revient à la réforme de Clisthène, une autre
possibilité de la politique de rayonnement de la Marine nous apparaît. Un navire peut être nommé en l'honneur d'une terre française sans lien direct avec la mer. Dans le même ordre d'idée, la
Marine peut aussi se présenter à des personnes venant d'un territoire d'arrière-pays d'un Etat étranger. Cet échange de population sera l'occasion de faire découvrir la mer, et la marine, à des
étrangers, ce qui n'est pas rien dans les relations diplomatiques. Mais, avouons le, cet exercice est plutôt rare.
Le jumelage permet donc à la Marine de se faire découvrir par des mésogées étrangère, voir d'échanger avec d'autres marines via le port d'attache.
Nom d'un jumelage !
J'aimerais vous offrir un exemple où le nom d'un navire et le jumelage peuvent se confondre. L'US Navy compte un sous-marin de la classe Los Angeles (la seule, la grande et l'unique plus grande
classe de SNA au monde !) qui se nomme "United States Ship Montpellier". Un nom bien français. Il est logique pour les Etats-Unis de nommer des bâtiments du nom de ville ou d'Etat. Il n'est pas
illogique de trouver un tel nom si on se souvient que plus d'un tiers des Etats-Unis étaient français à une époque sous le nom de Louisiane.
Il existe donc cet USS Montpellier et la ville française de Montpellier. La ville ne parainne pourtant pas le navire à titre de "jumelage". On ne peut qu'observer que Montpellier est sur la côte
! Si ce n'est pas suffisant, le port de Marseille est tout proche. Nos deux pays sont "amis" et ce serait une expérience enrichissante que de suivre (autant que possible) l'activité d'un
sous-marin nucléaire d'une marine étrangère. La connaissance de l'autre n'est-elle pas une condition du rapprochement des peuples ? L'occasion est trop belle pour décrourir une culture maritime
différente de la nôtre.
Il existe de nombreux navires de l'US Navy aux noms bien français, si l'on souhaite rééllement former un bloc "occidentale" soudé c'est le genre de pratique à promouvoir. Ce serait un bon
prétexte pour que escales, voir des escales "croisées" avec la Marine nationale.
Le journal de bord
Le journal de bord est un autre de ces outils, il permet un dialogue entre "l'extérieur" et le navire. Il n'était pas dit que cet outil deviendrait rééllement pratique, on pouvait être sceptique
car les sites gouvernementaux ne sont pas un exemple "d'échange". Cependant, la nouvelle mouture des sites du ministère de la Défense commencent enfin à offrir du "contenu", comme des
informations détaillés sur les navires (merci Net-Marine d'avoir fait le boulot bien avant).
Pour en revenir au journal de bord, il permet rééllement un dialogue avec l'équipage.
Dans mon propos introductif, l'echo du travail des marins parvient difficilement à l'intérieur des terres de France. Il faut donc des relais, et ceux-ci sont plutôt rare. Vous serez peut être
surpris d'apprendre que ce sont par exemple des professeurs de l'Education nationale qui sensiblisent leurs élèves aux questions de Défense. Il y a même des fonctionnaires de l'Instruction
publique qui ont une préférence pour la Royale. Vous êtes peut être plutôt habitués à entendre des horreurs sur les professeurs de votre pays, alors, sachez que bon nombre d'entre eux se forment
avec plaisir et passion à l'IHEDN (entre autre). De plus, imaginez qu'ils arrivent en retour à sensibiliser leurs élèves à l'existence de la Marine nationale.
Je voudrais donc vous présenter le blog "Turquoises au large" que tient la jeune professeure d'histoire-géographie Chloé Maillier qui est
passée par l'IHEDN, justement . Cet outil numérique permet à l'enseignante d'avoir un prétexte pour faire faire découvrir à ses élèves le monde marin, vous apprécierez par exemple les synthèses
historiques sur des expéditions, des marins ou des cités maritimes. Les élèves via ce blog s'intéressent aussi aux missions de la marine. Par exemple, ils ont suivi le déploiement du groupe
aéronaval en océan Indien.
A ce sujet, aviez-vous remarqué que pendant que les carrier vessel nuclear de US Navy s'entraînaient avec la marine nippone, le GAN en faisait autant avec la marine indienne sur fonds de
crise coréenne ?
En parcourant le blog, je me suis même demandé si la prochaine fiche de lecture que devront rédiger les élèves portera sur Le meilleur des ambassadeurs, théorie et pratiques de la diplomatie
navale par Hervé Coutau-Bégarie. Ce ne serait pas dénué de sens après avoir suivi le parcours de notre GAN.
Le travail effectué par les lycéens et lycéennes sur le blog est très intéressant puisqu'ils finissent même par appréhender la géopolitique et les questions militaires, sans oublier la culture
maritime et navale ainsi acquise... ce n'est pas rien d'amener des élèves à ces matières !
La professeure d'histoire-géographie nous fait le plaisir de nous expliquer elle-même sa démarche : "leur faire comprendre les enjeux de la Défense nationale à travers la Marine et les
initier aux grandes problématiques géopolitiques à travers une institution que la plupart ont complètement découvert. Il faut ajouter que l'enseignement de littérature et société, créé
avec la réforme des Secondes, permet une grande souplesse d'initiative aux enseignants qui peuvent croiser plusieurs disciplines : histoire-géographie et Education civique et mettre en place des
projets concrets très motivants... "
Plus particulièrement, je voudrais attirer votre attention sur le dialogue entre les élèves et les marins du Forbin via le journal de bord du navire. Les lycéens grâces à leurs cours
d'histoire-géographie (d'où l'intérêt que ceux-ci existent... jusqu'en classe de terminale et pour tout le monde !) et grâce à cette nouvelle culture maritime appréhendent mieux les endroits
visistés par la frégate.
Ils ont même eu à coeur de savoir et comprendre pourquoi la frégate n'est pas destroyer comme pourrait le laisser croire son immatriculation en "D". C'est vous dire...
Clisthène a raison
Madame Maillier, comment a été créé ce lien entre la frégate Forbin et vous ? Comment s'organise-t-il ?
" Le partenariat avec le Forbin a été conclu dès le mois de septembre avec le commandant. Une jeune enseigne de vaisseau m'envoie des mails pour donner des nouvelles de la mission Agapanthe
et répondre aux questions, nouvelles et réponses que je publie sur le blog créé pour la classe. Le dialogue a donc eu lieu dès le départ, le blog servant d'interface conviviale et visible par
tous. Le journal de bord du Forbin publie à son tour les nouvelles précedemment envoyées par mail. "
Ainsi, l'équipage du navire répond à la lettre envoyée par la classe via le journal de bord de la frégate accessible en ligne. Un exemple de partenariat qui permet de féliciter le travail de
jeunes français et françaises qui se sont passionnés pour les gens de la mer. Ce dialogue souligne aussi l'efficacité d'une forme de "jumelage". La Marine aura donc à coeur, on l'espère, de
soutenir ce genre d'opération.
Madame Maillier et ses élèves sont originaires de l'Institut Notre Dame dans la ville de Saint-Germain-en-Laye, département des Yvelines... la mésogée française donc !
La tribu est unie, la réforme de Clisthène est toujours d'actualité et la Marine peut espérer faire partie du quotidien des français.
1 "Le rôle social de l'officier par Hubert Lyautey", Mon Blog Défense, 29 novembre
2010.
2 "Le Fauteuil invité à déjeuner à bord de la
frégate La Motte-Picquet", le Fauteuil de Colbert, lundi 27 décembre 2010.
© Wikipédia. Clément Ader en 1891.
"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.
Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.
Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées...
A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".
Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).
Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.
Commande et construction de deux nouveaux porte-avions dans les années 2030 ?
Marine. Une stratégie payante.
«Jean-Yves Le Drian, a clairement réaffirmé que «le renforcement des capacités de la Marine nationale serait poursuivi (...) comme un choix politique et stratégique prioritaire». Un membre important de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité traduit: «C'est le bilan politique le plus important d'Euronaval qui anticipe les arbitrages budgétaires du prochain Livre blanc.»
« La même source qui requiert l'anonymat précise que, «rompant avec les quinze dernières années, la Marine nationale ne sera plus la variable d'ajustement des autres armées».
« Au résultat, le naval de défense dispose aujourd'hui d'un carnet de commandes plus important que tous les prospects de l'aéronautique militaire. Il s'agit, par conséquent, d'un véritable moteur des exportations françaises. »
« Plusieurs des grands exposants d'Euronaval se félicitent que «notre Marine ait pu rattraper efficacement le retard qu'elle accusait sur les autres armées en matière de communication car elle est aujourd'hui barrée par un chef d'état-major hors du commun».
Article d'Etienne Pelot, le Télégramme, publié le 3 novembre 2012.
Et si la Marine pouvait défendre la croissance ?
"Mondialisation oblige, des millions de conteneurs voyagent chaque année sur les mers du globe. Evidemment, ces flux ne cessent de progresser. Si les océans sont des routes de premier choix, ils regorgent également de ressources… de plus en plus recherchées. Réserves d’hydrocarbures dans les sous-sols marins, présence de terres rares, lieu d’installation des éoliennes offshore et des hydroliennes… «Les océans deviennent un objet de convoitise», affirme le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux.
A tel point que les Etats se livrent une «véritable guérilla juridique» pour étendre leurs zones maritimes. Après avoir conquis les terres, l’homme cherche à s’approprier la mer. Où il parvient déjà à se sédentariser: plus de 700 plateformes sont aujourd’hui en service dans les océans du monde, et des milliers de salariés y travaillent.
[...]
D’où la nécessité, selon les sénateurs, de se doter d’une Marine nationale forte. Et c’est là que le bât blesse. Car si le budget de la
Défense connaît des coupes, celui de la Marine est particulièrement malmené.
«Ça fait quinze ans que la Marine sert de variable d’ajustement au budget de la Défense. Tout simplement parce que les armées de Terre et de l’Air sont bien plus organisées en termes de
lobbies parlementaires», explique un membre de la rédaction du site spécialisé Espritcors@ire.
En tout cas, le budget des marines européennes diminue chaque année de 1%, alors qu’entre 2011 et 2016, le budget naval de la Russie devrait augmenter de 35% et celui de la Chine, de 57%".
Article de Céline Boff, publié dans "20 minutes", le 12 juillet 2012.
Bibliographie et articles :
Le ministre a également confirmé le discours très engagé sur la place
du fait maritime dans le futur Livre Blanc, qu’il avait tenu le mois dernier aux Universités d’été de la Défense, à Brest, lors du lancement de la frégate Aquitaine :
« L’enjeu maritime est celui qui sera au cœur des années à venir. Après un 20è siècle de conflits continentaux, les nouveaux conflits et menaces viendront
de la mer. La souveraineté passe par la mer. Il est impératif de prendre en compte cette donne. Et c’est ce que j’attends du Livre Blanc. » Lorient, jeudi 18 octobre 2012 (par Mer et Marine).
Le ministre de la Défense a confirmé, décalé ou infirmé les programmes suivants intéressant la Marine dans le cadre de la future loi de programmation militaire (LPM)
:
Dissuasion :
Dans son ensemble, les deux composantes de la dissuasion nucléaire nationale sont préservées. C'est un engagement du Président de la République.
Dans le hors-série du "Marin" consacré au salon Euronaval, il est possible d'apprendre, à travers une interview du PDG de DCNS, Patrick Boissier, que les SNLE de troisième génération
seraient en cours de définition, voire d'études.
Le "M-6" serait lui aussi sur les rails puisque son développement dépend de deux dynamiques :
Flotte de surface :
Lutte anti-sous-marine :
Fonction Garde-Côtes :
Bibliographie :
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