Partager l'article ! Marine nationale : Commando Carrier et Sea Basing français ?: © Inconnu. Le HMS Bulwark en opération avec des Westland Whirlwind au ...
Le Fauteuil de Colbert
© Inconnu. Le HMS Bulwark en opération avec des Westland Whirlwind au décollage.
Il peut être surprenant deconstater que l'Angleterre ait duré à terre, plutôt qu'en mer. Néanmoins, c'est bien ce que Londres a fait en intervenant aussi longuement aux côtés des Etats-Unis en
Irak et en Afghanistan. La facture est salée, et a été d'ores et déjà présentée : 24 milliards d'euros.
Historiquement, Londres avait fait le choix de durer à la Mer. C'est-à-dire que les Anglais privilégiaient l'utilisation des communications maritimes pour frapper sur le continent là où cela fait
mal à la puissance continentale du moment. Il s'agissait d'équiliber les puissances en Europe. La masse continentale était manoeuvrée par la puissance navale qui choisissait à sa guise le
terrain. Cette stratégie nécessitait de trouver un autre puissance continentale pour porter le coup décisif à la première, ou une coalition de bonnes volontés.
La seconde option, si elle était choisie, est un exercice politique tout à fait périlleux car il faut pouvoir diriger un ensemble où l'on ne possède peut être pas le poids suffisant pour faire graviter l'ensemble autour de soi. Cela revient à dire qu'il faut trouver ces moyens qui obligent les alliés à passer par vous : cela peut être les moyens d'entrer (groupe aéronaval, sous-marins, et capacités associées) en premier sur un théâtre, de durer sur celui-ci (logistique navale et aérienne) ou d'entretenir la percée (capacité à durer à la mer grâce à la logistique en soutien aux instruments d'action), ou encore, de coiffer le tout, grâce à des capacités de commandement (et les hommes et femmes entraînés à ces opérations).
En ce début du XXIe siècle, il est possible de considérer qu'il y avait deux puissances, deux régimes à renverser -pourquoi pas, ce n'est pas l'objet du débat de ce billet- en Irak et en
Afghanistan. Mais une fois que la mission a été accomplie, alors il est temps de chercher à se retirer, non ? Peut être que le paradigme a changé en Angleterre.
Ou pas, car les opérations en Côte d'Ivoire, au large de la Somalie ou en Libye -pour ne citer que celles en-ci- sont là pour remettre au goût du jour (de ce côté-ci de l'Océan) des concepts
comme le Sea basing ou des unités comme les Marine Expeditionary Force Forward :
La Royal Navy était à la pointe de ces capacités opérationnelles quand elle convertissait d'anciens porte-avions en "commando carrier/porte-commandos". Au fond, c'est l'idée de déplacer un "commando" (au sens originel du terme) d'un point à l'autre pour agir vite ou à la demande, en durant à la mer, sur zone, justement.
Dans ces opérations, il est bien question d'utiliser la libre circulation des mers pour pouvoir agir à terre, avec souplesse, et dans des actions "brèves". Rétrospectivement, les guerres
"longues" (au-delà de l'année) sont peut être assez peu nombreuses depuis la seconde guerre mondiale.
La puissance navale anglaise a été engloutie dans ces aventures trop longues à l'époque où une de ses créations, le porte-commandos, forgée en parallèle des concepts de l'USMC, revient au goût du jour, à une époque où le contournement des servitudes de la Terre est un impératif dans l'action mondiale.
De l'autre côté de la Manche, un aperçu de la Marine nationale macrocéphale navigue :
Tout comme aux grandes heures de la stratégie anglaise pour équilibrer les puissances en Europe, la Mer est utilisée pour contourner la masse continentale, jouer sur ses flux de communication, et agir contre elle. Cela ne dispense pas de s'associer aux forces de manoeuvres à Terre (troupes locales). Il était question de maîtriser les communications maritimes afin de pouvoir transporter hommes et matériels à travers l'Océan. Cela ne suffit plus aujourd'hui, car il est de plus en plus rare de pouvoir négocier un point de chute dans le théâtre d'opérations (problèmes politiques de l'engagement des troupes) ou à proximité (problèmes diplomatiques). C'est pourquoi la capacité à durer à la mer est exacerbée dans les marines : d'où la Marine macrocéphale. Du temps a été échangé contre de l'espace.
Le Commando Carrier n'est que l'illustration matérielle de la configuration stratégique actuelle où la projection de puissance se fait avant tout par la mer et depuis la mer. Cela permet de durer dans une crise, afin de peser sur celle-ci et de contrôler aussi bien l'engagement du feu que de tenter de contrôler les conséquences diplomatiques de l'action.
C'est pourquoi les Bâtiments de Projection et de Commandement sont une espèce en voie de développement : il serait très étonnant que la série soit limitée à 3 ou 4 navires, en considérations des
capacités offertes par ces navires, pour être présent dans bien des crises, au regard de leur coût. Le BPC Dixmude a appareillé avec une chose plus grande que la mission Jeanne d'Arc : une sorte
de Marines Corps français en gestation. C'était un autre BPC, le Tonnerre, qui avait embarqué et mis en oeuvre le détachement aéromobile face aux côtes libyennes (et qui avait été relevé
par le Mistral), et le même qui participait à l'exercice Bold Alligator.
De même, le navire logistique semble appeler à évoluer à la marge avec un tonnage plus important afin d'emporter, notamment, des hommes et du matériels. Un radier pourrait faire l'apparition sur
ces unités : de là, il est possible d'extrapoler l'idée jusqu'à prétendre que ce moyen de communication inter-vaisseaux servirait au navire logistique de "recharger" le navire amphibie en hommes
et matériels pour agir contre la terre. En outre, de tels volumes supplémentaires permettraient à ces navires de supporter des divisions navales de chasseurs de mines ou de torpilleurs pour
compléter les moyens d'actions d'une escadre, ou offrir à une division de torpilleurs les moyens de durer à la mer, tout comme de diriger une opération via des moyens de communication et de
commandement. Ce démultiplicateur de forces est souhaité à quatre nouveaux exemplaires, il va sans dire que deux unités de plus iraient dans le sens de la réflexion actuelle, surtout au regard de
leur coût, par rapport aux capacités offertes.
Il s'agirait donc bel et bien d'un Sea basing à la française qui serait en gestation : la Marine macrocéphale serait confortée. Cette éventuelle situation invite à repenser la conception des
escorteurs.
N.B. : un lecteur aura justement remarqué qu'il ne s'agit pas du Tonnerre mais du Dixmude qui embarque la mission Jeanne d'Arc....
© Wikipédia. Clément Ader en 1891.
"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.
Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.
Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées...
A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".
Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).
Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.
Commande et construction de deux nouveaux porte-avions dans les années 2030 ?
Marine. Une stratégie payante.
«Jean-Yves Le Drian, a clairement réaffirmé que «le renforcement des capacités de la Marine nationale serait poursuivi (...) comme un choix politique et stratégique prioritaire». Un membre important de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité traduit: «C'est le bilan politique le plus important d'Euronaval qui anticipe les arbitrages budgétaires du prochain Livre blanc.»
« La même source qui requiert l'anonymat précise que, «rompant avec les quinze dernières années, la Marine nationale ne sera plus la variable d'ajustement des autres armées».
« Au résultat, le naval de défense dispose aujourd'hui d'un carnet de commandes plus important que tous les prospects de l'aéronautique militaire. Il s'agit, par conséquent, d'un véritable moteur des exportations françaises. »
« Plusieurs des grands exposants d'Euronaval se félicitent que «notre Marine ait pu rattraper efficacement le retard qu'elle accusait sur les autres armées en matière de communication car elle est aujourd'hui barrée par un chef d'état-major hors du commun».
Article d'Etienne Pelot, le Télégramme, publié le 3 novembre 2012.
Et si la Marine pouvait défendre la croissance ?
"Mondialisation oblige, des millions de conteneurs voyagent chaque année sur les mers du globe. Evidemment, ces flux ne cessent de progresser. Si les océans sont des routes de premier choix, ils regorgent également de ressources… de plus en plus recherchées. Réserves d’hydrocarbures dans les sous-sols marins, présence de terres rares, lieu d’installation des éoliennes offshore et des hydroliennes… «Les océans deviennent un objet de convoitise», affirme le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux.
A tel point que les Etats se livrent une «véritable guérilla juridique» pour étendre leurs zones maritimes. Après avoir conquis les terres, l’homme cherche à s’approprier la mer. Où il parvient déjà à se sédentariser: plus de 700 plateformes sont aujourd’hui en service dans les océans du monde, et des milliers de salariés y travaillent.
[...]
D’où la nécessité, selon les sénateurs, de se doter d’une Marine nationale forte. Et c’est là que le bât blesse. Car si le budget de la
Défense connaît des coupes, celui de la Marine est particulièrement malmené.
«Ça fait quinze ans que la Marine sert de variable d’ajustement au budget de la Défense. Tout simplement parce que les armées de Terre et de l’Air sont bien plus organisées en termes de
lobbies parlementaires», explique un membre de la rédaction du site spécialisé Espritcors@ire.
En tout cas, le budget des marines européennes diminue chaque année de 1%, alors qu’entre 2011 et 2016, le budget naval de la Russie devrait augmenter de 35% et celui de la Chine, de 57%".
Article de Céline Boff, publié dans "20 minutes", le 12 juillet 2012.
Bibliographie et articles :
Le ministre a également confirmé le discours très engagé sur la place
du fait maritime dans le futur Livre Blanc, qu’il avait tenu le mois dernier aux Universités d’été de la Défense, à Brest, lors du lancement de la frégate Aquitaine :
« L’enjeu maritime est celui qui sera au cœur des années à venir. Après un 20è siècle de conflits continentaux, les nouveaux conflits et menaces viendront
de la mer. La souveraineté passe par la mer. Il est impératif de prendre en compte cette donne. Et c’est ce que j’attends du Livre Blanc. » Lorient, jeudi 18 octobre 2012 (par Mer et Marine).
Le ministre de la Défense a confirmé, décalé ou infirmé les programmes suivants intéressant la Marine dans le cadre de la future loi de programmation militaire (LPM)
:
Dissuasion :
Dans son ensemble, les deux composantes de la dissuasion nucléaire nationale sont préservées. C'est un engagement du Président de la République.
Dans le hors-série du "Marin" consacré au salon Euronaval, il est possible d'apprendre, à travers une interview du PDG de DCNS, Patrick Boissier, que les SNLE de troisième génération
seraient en cours de définition, voire d'études.
Le "M-6" serait lui aussi sur les rails puisque son développement dépend de deux dynamiques :
Flotte de surface :
Lutte anti-sous-marine :
Fonction Garde-Côtes :
Bibliographie :
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