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Mercredi 4 juillet 2012 3 04 /07 /Juil /2012 16:28

http://www.combatreform.org/USNAVYINDANGER/NG_Carrier_UCAV.jpg© inconnu. Dessin d'artiste représent un appontage ou un "touch and go" d'un X-47 à bord du CVN-74 Stennis.

 

Le titre est pompeux, certes, mais il est assumé. Ce qui est pire qu'un titre pompeux, c'est quand le billet qui suit ce titre tente de répondre à une affirmation "prospective" qui prédit, une fois de plus, la mort du porte-avions par une évolution radicale dans la manière de concevoir ou d'opérer des aéronefs à voilure fixe.

 

Ce commentaire se plaisait à croire que, avec les UCAV (Unmanned Combat Air Vehicle), cette fois-ci, ce serait la bonne : plus besoin de porte-avions puisque l'autonomie de ces futurs drones armés serait suffisante pour diminuer le besoin de moyens aériens prépositionnés sur bases fixes ou mobiles (les porte-avions) !


Trop simple, mais surtout, c'est si faux. Ce qui est gênant, c'est de ne pas voir poindre une réflexion construite : après tout, le porte-avions a germé, et notamment, dans l'esprit d'un certain Clément Ader, il disparaîtra bien un jour, comme tant d'autres de systèmes d'armes.

 

Il faut lire le livre de Francis Dousset -"Les porte-avions français de 1911 à nos jours"- pour trouver au sujet des porte-avions Joffre et Painlevé une affirmation intéressante de l'état-major de la Marine (toute fin des années 30) : les porte-avions ne trouveront leur utilité qu'au-delà du rayon d'action de l'aviation navale basée à terre (dont les lourds hydravions), c'est-à-dire au delà de 400 nautiques à l'époque, et seront trop vulnérables dans les mers étroites.

 

Plus loin, et dans le même ouvrage, il est également possible de lire que des personnes se plaisaient à croire que l'allongement de l'autonomie en vol des bombardiers stratégiques (ceux de l'US Air Force) et les progrès espérés des appareils à réaction permettaient d'envisager la fin du porte-avions -et cette fois-ci, c'est-à-dire dans l'immédiat après seconde guerre mondiale, c'était la bonne...En tous les cas, ceux-là ont eu raison du porte-avions USS America. Il n'en demeure pas moins que pendant la guerre de Corée les porte-avions furent appelés à la rescousse.

 

Avec l'affirmation citée au tout début de ce billet, le tableau est complet : le porte-avions a une utilité marginale depuis les années 30 du XXe siècle (au moins) et il est condamné à disparaître face aux progrès des aviations militaires... basées à terre. Malgré toutes ces bonnes volontés pesées avec tant de finesse, ils flottent toujours : pire, le concept se diffuse à travers le monde (Brésil, Inde, Chine, Japon, Australie, etc...).

Pourquoi donc le porte-avions se joue-t-il autant de sa fin annoncée ? Dans un premier temps, il convient de tenter d'aborder une partie de la place du porte-avions sur le plan stratégique :

  • le porte-avions permet à la puissance aérienne de s'affranchir totalement des contraintes géographiques, politiques et diplomatiques,
  • le porte-avions est supérieur au "porte-avions terrestre" grâce à l'autonomie qu'il offre aux appareils qui constituent son groupe aérien embarqué.

Ce qui est intéressant, c'est la croyance que l'autonomie des aéronefs permettraient de se débarasser du porte-avions puisque tel point terrestre ou marin serait atteignable depuis la métropole. Il serait possible de sentir poindre une certaine posture isolationniste dans le propos puisqu'il faut et il suffirait de projeter la puissance aérienne depuis le sol national pour la projeter, avec l'aide de ravitailleurs s'il le faut. Est-ce que cette pensée prend en compte le fait que la France est un Archipel ? Rien n'est moins sûr...

 

Le premier obstacle, c'est la réalité d'une société internationale composée d'environ 193 Etats. Tous possèdent un territoire aérien où ils exercent leurs droits souverains. Ce n'est pas parce que la puissance aérienne abolit les frontières géographiques, sur le plan théorique, qu'elle peut allègrement violer le droit international : tout est possible, mais est-ce seulement réalisable ? Et donc, il ne faudrait pas trop se plaire à croire qu'une formation de combat partant des Antilles, de la Réunion, d'Abu Dhabi, ou encore... des territoires français d'Europe pourrait atteindre un point en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie centrale en se passant de quelques autorisations diplomatiques. Il est possible de les obtenir... après quelques semaines ou mois de négociations -dans le cas où elles sont obtenues.

A-t-on seulement souvenir de l'opération El Dorado canyon de l'US Air Forces ? En 1986, et en réponse aux agissements libyens (dont l'attentat de la boite de nuit à Berlin contre les soldats américains), Washington décide de pilonner la Libye. Ce n'est pas l'US Navy qui mène l'essentiel des opérations depuis ses porte-avions, mais l'US Air Forces depuis ses bases en Angleterre. Les raids ont été menés par des F-111 (45 tonnes de masse maximale au décollage) appuyés par des ravitailleurs de l'armée de l'air américaine et par des chasseurs et avions d'attaque des porte-avions de l'US Navy. C'est-à-dire que l'armée de l'air américaine avait la primeur "politique" des frappes. France et Espagne ont interdit de survol leurs espaces aériens : les raideurs devaient parcourir 3000km à l'aller, et autant au retour, soit des raids de 6000 km... alors qu'il y avait trois porte-avions qui participaient à cette opération...

Il s'agissait de bombardiers, certes stratégiques, mais de catégorie moyenne. Alors, à ce moment là, a-t-on seulement conscience du tour de force réalisé par les anglais lors de la guerre des Malouines ? Depuis la fin des années 70, la Royal Navy n'a plus de porte-avions (mais des porte-aéronefs). Par voie de conséquence, l'aéronavale anglaise n'a plus d'appareils embarqués à voilure fixe ayant des performances comparables à celles des appareils basés à terre. Elle n'a plus que des Harrier opérant à partir de porte-aéronefs, et ils sont incapables de mener des missions et de frappe et dans la profondeur. Pendant cette guerre de 1982, il y a eu les raids des bombardiers de la Royal Air Force contre l'aérodrome de port Stanley, afin d'en interdire l'utilisation aux Argentins. Ainsi, des Avro Vulcan (de 90 tonnes de masse maximale au décollage) partaient de l'île de l'Ascension pour effectuer des missions de 15 000 km (aller-retour). Pour ce faire, ils étaient ravitaillés en vol par des bombardiers Victor reconvertis en ravitailleurs, et ces mêmes ravitailleurs étaient-eux mêmes ravitaillés par d'autres ravitailleurs...

 

Enfin, et dernier exemple, le conflit du Kosovo de 1999 illustre bien le fait que le porte-avions n'est pas si vulnérable que cela dans une mer étroite. C'était pourtant dans la mer Adriatique qu'évoluaient les porte-avions français. L'Italie était si proche, certes, mais les navires français permettaient de se passer totalement des italiens et des servitudes qui découlaient de la politique italienne. Ce n'est pas rien quand l'on veut compter et agir au sein d'une coalition.

 

Là où intervient la supériorité du porte-avions, c'est qu'il est une base aérienne mobile. Cela veut tout simplement dire que vous avez la possibilité de déplacer une plateforme aérienne d'un bout à l'autre de votre planète. Dans le cas de la France, le Charles de Gaulle peut atteindre n'importe quel point de la planète. Il aurait même pu opérer à l'Ouest des Etats-Unis puisqu'il était proposé de transformer l'atoll de Clipperton en base océanique...

Première conséquence de cette mobilité, le porte-avions se plaît à se déplacer dans les eaux internationales pour se porter hauteur du théâtre désiré : aucune autorisation à demander. C'est bien pourquoi les Etats-Unis envoient toujours un porte-avions au large d'une zone de crise puisque ce mouvement est libre et seulement commandé par la volonté du politique.

 

Deuxième conséquence, et dans les deux cas, les manoeuvres aériennes auraient été bien plus souples, bien plus efficaces si elles avaient été conduites par un ou des porte-avions. La projection de la puissance aérienne coercitive peut se jouer de la géographique et des contraintes politiques pendant un temps : au-delà, il se produit ces raids ubuesques qui sont l'exception qui confirme la règle. Dans le cas américain, il semblerait que l'US Air Force veuille absolument démontrer ses capacités de projection de puissance. Dans le cas anglais, il n'y a pas le choix, et les tentatives faites pour augmenter la puissance aéronavale dans l'urgence montrent assez bien toutes les limites des bombardiers Vulcan, qui ne pouvaient pas opérer depuis les Malouines...

 

Ces deux exemples illustrent assez bien les limites de la projection aérienne depuis des bases fixes, même si elles sont avancées, et par le biais de bombardiers moyens ou lourds. Ils peuvent certainement expliquer pourquoi l'Armée de l'Air française ne s'intéresse pas vigoureusement aux bombardiers moyens...

 

L'autonomie des voilures fixes ou mobiles est aussi une grande question : elle est coeur de l'affrontement entre porte-avions et "porte-avions terrestre". Cette dernière expression renferme un concept dont il vaut mieux admettre les limites. Si vous pouvez déplacer votre porte-avions, alors vous pouvez éloigner ou approcher d'un théâtre, et vos appareils auront une autonomie sur zone en fonction de l'éloignement du navire par rapport au théâtre. Pour le "porte-avions terrestre", le problème de l'autonomie est crucial puisqu'il s'agit, premièrement, d'une base aérienne fixe. Donc, et par voie de conséquence, quand une patrouille, quelconque, et de toutes les époques, décollent de Corse, de Sardaigne ou de Crête, pour atteindre un point quelconque, alors il faut consacrer une part de l'autonomie à l'aller et au retour. Fondamentalement, il y aura toujours un avantage significatif en terme d'autonomie pour l'appareil qui a décollé depuis un porte-avions face à son collègue qui arrive depuis une base terrestre.

 

Il y a eu dans le Pacifique un affrontement final entre les forces américaines et japonnaises. Les derniers affrontements aéronavals ont vu les japonais abandonner leurs porte-avions pour armer, en lieu et place, plusieurs "porte-avions terrestres". Ces installations cumulaient les défauts des bases aériennes fixes : manque de réactivité, autonomie prévisible des appareils et vulnérabilité des bases de départ. Face à eux, les américains alignaient des forces aériennes basées sur bases fixes, mais aussi, et surtout, des porte-avions. L'Amiral Barjot posa la question à un amiral japonais (il relate la chose dans un de ses articles parus dans la Revue maritime entre 1945 et 1949) : est-ce que vous auriez perdu moins d'appareils et auriez pu atteindre l'adversaire si votre aéronaval n'avait pas été débarquée ? L'amiral japonais répondit que oui.

De cette mobilité stratégique découle des possibilités sur le plan tactique qu'une base terrestre fixe (dans le cas où elle est la source de la projection aérienne coercitive) ne permettra jamais : le porte-avions peut aussi bien rapprocher qu'éloigner son groupe aérien embarqué du théâtre. De ce simple constat découle des avantages tactiques difficlement reproduisibles :

 

Premièrement, et cela découle des considérations plus "stratégiques" qui ont été proposées avant : le porte-avions nécessite, pour atteindre les mêmes obectifs, des appareils bien moins volumineux. En portant ce constat à l'abstraction, c'est dire que pour atteindre un point x, il est possible de choisir de partir de la même base, et donc, plus le point x est éloigné, plus l'aéronef, pour gagner en autonomie et l'atteindre, sera volumineux. A contrario, si pour atteindre le même point x la base de départ se déplace, alors l'aéronef demeure aussi volumineux. Donc, et en ce qui concerne la stratégie des moyens, des Rafale auraient pu faire autant, si ce n'est bien plus, que les F-111 et les Vulcan pour atteindre Tripoli ou Port Stanley. C'est bien la preuve que l'investissement dans un pion aéronaval (constitué autour d'une paire de porte-avions) influence considérablement la stratégie des moyens aériens d'une puissance.

 

Deuxièmement, et en tentant de se poser sur le plan tactique, la particularité du porte-avions fait que ses appareils sont à l'abri des coups de force de l'ennemi : combien d'appareils de l'US Navy ont-ils été détruit par la guérilla nord-vietnamienne pendant la guerre du Vietnam à bords de ses porte-avions ? Zéro. Le chiffre est "sensiblement" différent pour l'US Air Force (au moins plusieurs dizaines d'appareils furent détruit au sol !). Combien d'appareils ont-ils été perdu par l'Aéronavale française à bord de ses porte-avions pendant la guerre d'Indochine ? Zéro.

 

Troisièmement, le porte-avions peut avancer vers le théâtre si son escorte lui permet de sécuriser son évolution. Au passage, si le porte-avions nécessite une escorte, il faut dire que les cuirassés qui se sont risqués sans elle ont eu des destins malheureux : Bismark, Prince of Wales, Repulse... De même, est-ce que l'on envisage sérieusement d'engager des chars de bataille sans une quelconque forme d'accompagnement ? Pour en revenir au porte-avions, quand l'Armée de l'Air envoyait des Rafale au-dessus de la Libye, elle recourrait à ses avions ravitailleurs pour leur permettre d'avoir l'allonge nécessaire pour durer sur zone et faire l'aller-retour. Aux dires du général Charaix qui a participé au conflit libyen, ces missions duraient de six à huit heures... En face de celles-ci, il faut mettre en considération les missions réalisées par les Super Etendard et les Rafale depuis le porte-avions Charles de Gaulle : catapultage au large de la Libye, ce qui permettait d'être sur zone après 20 à 30 minutes de vol... et les missions duraient généralement de trois à cinq heures. Certes, elles sont plus courtes, mais les équipages étaient quasiment directement sur zone quand ceux de l'Armée de l'Air s'usaient dans leurs aller-retour.

Quatrièmement, ces deux considérations sur l'approche d'un théâtre par la puissance aéronavale implique une capacité spécifique aux porte-avions...et aux avions basés sur le sol du théâtre (par opposition à ceux lancés de métropole ou d'une base avancée (mais lointaine) : une réactivité extraordinaire. Prenez un drone MALE -à tout hasard, un Harfang- ou un Atlantique 2 qui survolerait la Libye pendant le conflit de 2011 et qui identifierait une cible. A ce moment là, il faut envoyer une patrouiller pour aller "traiter" la cible. La question est relativement simple et vous n'avez que trois possibilités :

  • ou bien vous avez une patrouille aérienne armée pour l'attaque air-sol qui tourne en permanence dans le ciel libyen, ce qui impose des moyens non-néglibeables : le volume d'avions de combats et de ravitailleurs.
  • Ou bien vous envoyez une patrouille depuis la métropole ou une autre base aérienne lointaine : elle arrivera dans deux ou trois heures. Ce cas est gênant face à des troupes qui jouent à cache-cache.
  • Ou bien, vous avez un porte-avions au large et la patrouille est sur zone dans 20 minutes... 

C'est exactement la même configuration pour les voilures tournantes : aurait-il été possible d'envoyer les hélicoptères de l'ALAT depuis le Var, la Corse, la Sardaigne ou la Sicile ? Non. Est-ce que cela a-t-il été possible depuis un porte-hélicoptères d'assaut qui pouvait rapprocher les voilures tournantes du théâtre ? Oui.


Une petite remarque doit être faite et elle pourrait être forte instructive : combien coûterait le remplacement des ravitailleurs aériens de l'Armée de l'Air ? Bien des sources évoquent un contrat à 2,2 milliards d'euros : le coût du PA2 (hors taxes) est évalué autour de 2,5 milliards d'euros. Il ne faudrait pas oublier que ces ravitailleurs ont, eux aussi, un coût qui n'est pas négligeable par rapport à un porte-avions.

Donc, il est nécessaire et impératif de considérer toutes les contraintes qui pèsent sur une aviation militaire basée à terre qui doit se projeter loin de ses bases de départ : manque de réactivité, autonomie connue et prévisible, mission harassante pour les pilotes en cas de ravitaillement en vol et les problèmes politico-diplomatiques liés au survol de divers territoires aériens (sans parler des difficultés à baser à proximité immédiate du théâtre des aéronefs). Face à cela, le porte-avions jouit d'une liberté de manoeuvre totale qui lui permet d'évoluer autour d'un théâtre comme il l'entend, ce qui permet de résoudre bien des problèmes en matière de réactivité ou d'autonomie en vol. Ou bien de solutionner bien des problèmes politico-diplomatiques : à qui faut-il demander la permission pour naviguer en haute mer ? A personne.

 

Tant que le porte-avions sera une base aérienne mobile, il demeurera supérieur dans toutes les opérations de projection de la puisse aérienne coercitive. Il est surprenant de tenter de le couler par l'arrivée d'une quelconque innovation technique ou technologique : il faudrait que celle-ci puisse entamer sérieusement une ou les qualités du porte-avions. A contrario, il convient de relever que depuis le début ou la fin des années 40, les appareils basés à terre ou sur porte-avions ont rigoureusement les mêmes qualités... Les UCAV qui pourraient arriver en parc demain ne changeront rien à la donne : c'est bien ce que l'on peut repprocher à ceux qui se plaisent à prédire la fin du porte-avions ! Et si l'arrivée des UCAV à terre plaît à certains, qu'ils imaginent bien ce qu'il se passera quand ils opéreront depuis porte-avions...

 

Pour tenter d'élever le débat, il faudrait relever que la puissance aéronavale s'articule, forcément, avec la puissance aérienne développée depuis la terre : c'est le cas dans les exemples de l'opération El Dorado canyon (1986) ou du conflit Malouin (1982). Mais cela aurait pu être également le cas dans une éventuelle attaque contre l'Iran où les bombardiers lourds de l'US Air Force auraient été escorté sur zone par les chasseurs de l'US Navy. L'intérêt du bombardier réside dans le fait qu'il est le seul à emporter des armements spécifiques, comme certaines grandes munitions à fort pouvoir de pénétration. C'est également le cas pendant l'opération en Libye où les ravitailleurs ont pu ou auraient pu servir à donner de l'autonomie aux chasseurs du Charles de Gaulle et où, également, les E-3 AWACS et les Atlantique 2 offraient leurs services à tout les chasseurs-bombardiers présents sur zone.
Enfin, le conflit libyen de 2011 montrait que composante aérienne projetable (expression du livre blanc) repose sur deux jambes : l'Armée de l'Air et l'Aéronavale. Le groupe aéronaval "complet" (avec deux porte-avions et un groupe aérien embarqué plus volumineux) aurait pu représenter quasiment toute la participation aérienne française au conflit (compte tenu des avantages du porte-avions). Cependant, s'il y avait eu nécessité d'intervenir simulanément dans un autre secteur géographique, alors la capacité de projection de l'Armée de l'Air est tout aussi cruciale...

 

 

Par Le marquis de Seignelay - Publié dans : Guerre Aéronavale - Communauté : Défense
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Commentaires

Si les portes-avions cesseront probablement d'exister un jour ou l'autre, ils ont effectivements de longs jours devant eux. Tant que l'on aura besoin de projeter des avions à longue distance, le porte-avion reste indispensable afin d'avoir un effet de surprise stratégique et tactique, permettant de répondre sur un court préavis à une demande d'appui aérien. La permanence est ainsi plus facile, et surtout le porte-avion permet de réduire les temps de vol, et donc la fatigue (de l'homme et de la machine). Sur le plan opérationnel, le porte-avion permet de s'affranchir des autorisations des pays tiers, et donc de gagner en souplesse. Cela fait de lui aussi un fameux outils diplomatique.

Cependant, la conception du porte-avion demande peut-être à être revue afin d'en diminuer le coût. Posséder une plate-forme plus grande ne gardant que les fonctions d'une base aérienne et un système d'auto-défense permettrai une plus grande souplesse d'emploi. Cette rusticité permettrai d'en multiplier le nombre et donc d'améliorer le tempo et la souplesse des opérations. Surtout, le porte-avion devra à l'avenir être capable de transporter suffisament d'appareils de combat de différentes catégories comme des UCAV ou des avions bi-turboprop pour le renseignement, le transport,...

Bref, le porte-avion n'est pas près de rejoindre le cimetière des navires gris (puisque l'on tarde à les déconstruires), mais est certainement appelé à évoluer vers une plus grande simplicité et polyvalence à la fois.

Commentaire n°1 posté par Roland le 05/07/2012 à 09h53

C'est cette philisophie dans la simplification du porte-avions que l'on retrouve dans l'histoire des porte-avions français : il a fallu les arracher à la chapelle du canon (et donc à l'architecture des cuirassés) en les débarassant d'une trop grande vitesse, du blindage, et d'un armement de cuirassé ou de croiseur. Le chemin n'est pas encore achevé puisque certaines capacités du porte-avions font encore débat.

L'intérêt des UCAV, et personne semble encore le dire ouvertement -à mon humble connaissance- c'est que à bord d'un porte-avions, il en faudra quelques uns pour l'entraînement avions pilotés/UCAV. Leur plus petite taille et l'absence de nécessité d'entraîner les machines (plutôt de les MCO) permettrait de les suspendre au plafond du hangar... comme cela était fait pendant l'entre-deux-guerres. Donc, la taille des groupes aériens embarqués pourrait repartir à la hausse, et ce serait, peut être, un tournant dans l'aéronavale...

Je suis navré de mettre autant de temps à publier votre commentaire !

Réponse de Le marquis de Seignelay le 06/07/2012 à 12h36

Bonjour,

je n'y connais pas grand chose à tout ça mais il me semble que vous oubliez complètement les missiles de croisières qui, avec des portées, capacités améliorées, lancés depuis des bâtiments moins onéreux, pourront démoder le PA, non?

Commentaire n°2 posté par nexterience le 05/07/2012 à 14h42

Non, au contraire, vous poser les bonnes questions. J'ai souhaité me restreindre à la comparaison entre la projection de la puissance aérienne depuis une base fixe et depuis une autre base, mais mobile.

Mais j'ai essayé de ne pas rentrer dans le cadre de la comparaison entre les différents vecteurs de la puissance aérienne. Depuis ce matin je regarde ce qui se dit sur le "Prompt Global Strike" et c'est une tout autre manière de faire et de penser.

En ce qui me concerne, je m'interroge sur la meilleure possibilité pour délivrer x quantités d'explosifs ou de charge inerte sur une cible. C'est un sujet relativement complexe qui me dépasse et il faudrait regarder ce qui se fait avec les missiles de croisière, les "lotering munition", les drones (MALE et UCAV), l'artillerie par obus et par missiles balistiques, etc...

Dans le cadre d'un conflit aéroterrestre actuel, il s'agit de pouvoir délivrer de l'armement à la demande des troupes au sol en contrôlant les effets léthaux des armes et en délivrant la charge avec le maximum de précision.

Mais il s'agit aussi, pour le pouvoir politique, dans le cadre d'une entrée sur le théâtre visée, de pouvoir jusqu'au dernier moment faire revenir le vecteur sans qu'il délivre sa charge.

Mais il s'agit aussi de pouvoir affiner le processus de ciblage sur la bonne cible tout au long du processus offensif.

Dans ces quelques scénarii, le missile de croisière, le drone MALE et l'aéronef piloté peuvent tous prendre leur place.

Réponse de Le marquis de Seignelay le 05/07/2012 à 15h08

Bonjour Marquis.

Excellent article. Juste une remarque concernant votre "petite remarque" concernant la comparaison entre une flotte de ravitailleurs et un PA. Il serait plus juste de comparer "hors avions de combat" (encore que ...) avec le coût d'un GAE complet (PA, frégates, SNA, pétrolier, etc) soit sans doute une dizaine de milliards. En pratique, il faudrait sans doute considérer le critère "potentiel de sorties" car mettre 10M€ à la mer pour une moyenne de 10 sorties/jour pour l'opération Harmattan me semble improductive. De même quand l'AA fait des sorties avec 4 ravitaillements, on peut douter de l'efficacité globale de l'opération et de sa durabilité ...

Bref, la comparaison me semble bien délicate.

 

 

 

Commentaire n°3 posté par Ejy le 05/07/2012 à 14h48

Bonjour Ejy,

J'ai souvent été gêné par cette comparaison car il faut pouvoir tenter de démontrer si on la trouve pertinente ou non. C'est pourquoi j'ai glissé la remarque à propos de l'escorte.

Le coût du GAn "complet", avec avions et son escorte serait de l'ordre de 7 à 10 milliards d'euros selon les sources que je trouve.

Le problème, c'est est-ce que l'on doit tenir compte de l'escorte dans le calcul de ce coût ? Je me permets de douter de l'intérêt de tenir compte de toute l'escorte car les SNA, les pétroliers et les frégates servent à protéger plusieurs formations dans le Livre blanc (groupe aéronaval, groupe amphibie et FOST). A dire vrai, ils ne servent pas un groupe, mais plusieurs groupes successivement. C'est comme dire que les ravitailleurs de l'Armée de l'Air servent également à allonger la portée de notre puissance logistique aérienne (par exemple).

Est-ce que cette escorte est dédiée au porte-avions ? Je me plais à croire que non car l'on peut supprimer le porte-avions (admettons) mais il y aura toujours besoin de maîtriser le milieu aéromaritime. Par exemple, les frégates de défense aérienne Chevalier Paul et Forbin fesaient partie de la stratégie aérienne française, aux dires du général Charaix, elles servaient de tour de contrôle aérienne depuis la mer. Les SNA sont de précieux moyens de recueil de renseignement d'origine électromagnétique "en se tenant à 12 miles nautiques des côtes, c'est-à-dire les eaux territoriales". Si les frégates ASM servent aux porte-avions, elles servent également à protéger la zone d'intervention, et les autres navires.

Le porte-avions nécessite une escorte : oui et non. Si jamais on se passait du porte-avions demain, il faudrait tout de même continuer à protéger les autres groupes, les autres navires, et l'escorte perduererait. Je ne suis même pas sûr que la suppression du porte-avions entraîne une baisse du format très sensible.

Réponse de Le marquis de Seignelay le 05/07/2012 à 15h15

@ nexterience

Durant les années 80 et l'avènement du missile anti-aérien, certains "penseurs" prédisaient la fin du chasseur de défense aérienne. Ensuite, au tournant des années 90 (période ou apparut les missiles tels que le tomawac), ces mêmes "penseurs" prédisaient la fin des chasseurs-bombardiers et des bombardiers.

On constate aujourd'hui que les missiles commes les avions continuent d'exister et qu'ils sont complémentaires. En revanche, on s'aperçoit aussi que l'un ne remplace pas l'autre. L'arsenal de René Loire n'a pas remplacé le porte-avion, mais pourrait éventuellement l'accompagner en temps que chargeur ou réserve de missile.

L'avion garde toute sa pertinence car il place l'homme au centre des décisions qui peut jusqu'à la dernière minute changer de décision, ce qui est plus difficile dans le cas d'un missile de croisière.

De même, le missile garde toute sa pertinence lorsqu'il s'agit de toucher des cibles en zone fortement défendue.

L'un et l'autre sont donc complémentaires mais aucun ne peut faire le job de l'autre. Autrement dit, le missile et l'avion ont encore de beaux jours devant eux (même lorsque les armes à énergie dirigée feront peut-être leur apparition sur le champ de bataille)

Commentaire n°4 posté par Roland le 05/07/2012 à 16h15

Le Cor de Rolland a une bonne mémoire. Il me semble qu'il y a eu également un tel mouvement dans la Royal Navy. Les surfaciers des années 50/60 semblaient croire à la fin du porte-avions par la "supériorité absolue" des engins sur les aéronefs. Ce mouvement n'a eu qu'un temps également.

Dans la pensée de Benoist Bihan, le "Frappeur" de René Loire accompagne le porte-avions et le croiseur de bataille lance-missiles : les différentes utilisations de la puissance aérienne ont eu raison de la simplicité du concept de base.

Réponse de Le marquis de Seignelay le 06/07/2012 à 12h38

Le plus vulnérable est-il un groupe aéronaval où les satellites necessaires à l'usage des drones ?

En plus, si l'on a la grande idée de concevoir des drones de combat, avec certes une autonomie de 5000 kilomètres, mais qui pèsent 20 tonnes à vide, on va se retrouver avec un engin cher, rare, encore plus cher parce qu'il va falloir le protéger à tout prix du fait de sa rareté, et qu'au final, on ne va pas utiliser parce que c'est prendre un risque trop grand.

 

Sur le thème du ravitailleur, si le temps de trajet est aussi plus court, l'appareil a aussi de pétrole pour tenir sur zone. En Afghanistan, malgré les multiples bases, les appareils sont ravitaillés en vol.

Commentaire n°5 posté par Kouak le 05/07/2012 à 16h32

La question est particulièrement pertinente. Il faudrait évaluer la résilience du centre de gravité spatiale face à l'utilisation de satellites civils, ce qui semble se "démocratiser" de plus en plus.

Sur la chèreté de l'UCAV et du choix de ses explications, j'ai quelques documents du CESA qui reproduisent un colloque.

Là, nous irions vers la comparaison entre l'utilisation de systèmes de drones MALE et d'avions pilotés.

Réponse de Le marquis de Seignelay le 06/07/2012 à 12h43

Ouahou ! Supériorité absolue !!!

Le jour ou vous prendrez de plein fouet une surprise stratégique vous serez moins... absolu, je pense.

Je n'ai jamais compris, par exemple, la parade à une bombe H sur un groupe aéronaval en pleine mer ! Une "supériorité absolue" vitrifiée en 3s. Vous pensez que la France va déclencher l'apocalypse pour quelques marins et pas de dégats terrestres ! Moi je n'en suis pas sûr.

Méfions nous des grandes certitudes. J'ai passé l'immeuble de ma compagnie aux hommes qui ont explosé un mois après : la tragédie de Drakkar. Avant personne n'y pensait !

Commentaire n°6 posté par LE le 06/07/2012 à 10h25

Si vous permettez, il me semble que le caractère absolu concerne bien la supériorité de la base mobile qu'est le porte-avions sur une base aérienne fixe. Le titre est bien "La supériorité du porte-avions comme base aérienne mobile".

A propos de votre hypothèse de vitrification, je vous renvoie aux difficultés pour localiser un groupe aéronaval avec suffisamment de précision (et un flux d'informations continu) pour y envoyer un missile balistique ou un missile de croisière à tête nucléaire. Si nous étions encore à cette époque, alors l'US Navy mettrait en oeuvre des escorteurs avec des missiles anti-aériens à tête nucléaire. Mais depuis la fin des années 70, voir avant, les anciens missiles RIM-8 Talos ne sont plus à tête nucléaire alors qu'ils étaient conçu comme vecteur anti-missile nucléaire. Si l'US Navy y a rennoncé, c'est que l'hypothèse d'une telle frappe est relativement faible.
Du temps de l'URSS pour localiser un groupe aéronaval américain en pleine mer il fallait lancer pendant plusieurs mois des satellites RORSAT. Autant dire que la technique est coûteuse, et que la précision du suivi obtenu exigeait des frappes nucléaires.

Personne ne prévoit vraiment l'imprévisible : un temps c'est le terrorisme, l'autre temps ce sont les catastrophes naturelles, aujourd'hui c'est la lutte contre les orpailleurs.

Réponse de Le marquis de Seignelay le 06/07/2012 à 12h28

Bonjour Marquis,

 

L'hyperbole du titre m'a un peu surpris, comme l'un de vos commentateurs, bien que j'aie intégré le fait qu'il s'agissait d'une comparaison par rapport à la base fixe terrestre.

 

Mais, en même temps, on ne peut faire l'économie de la réflexion sur la vulnérabilité d'un GAN (ou d'une task force) parce que si on se borne à comparer un porte avions à une base fixe du point de vue de la mobilité on tombe en réalité dans la tautologie: très clairement, un porte avions bouge, il est donc par définition supérieur à une base fixe sur le plan de la mobilité.

 

En fait j'ai l'impression que votre billet développe les avantages de la mobilité stratégique par rapport au prépositionnement dans un cadre mondial: vaut-il mieux avoir des bases outre mer, ou un ou plusieurs PA? Mais... les deux mon capitaine!

 

L'un sans l'autre... bof. Maintenant, s'il faut choisir, comme vous, je préfère le GAN, mais plutôt pour l'intervention de type expéditionnaire comprennant un volet diplo et une option militaire (délivrer x quantité de bombes sur un objectif).

 

Sinon, pour le reste, une flotte d'OPV ou une base fixe terrestre c'est pas mal.

 

Au delà, le GAN est vulnérable, il ne faut pas se le cacher. On peut dresser l'inventaire des menaces et il est long. Il est sérieux. Il est pris en compte par le décideur militaire qui, du même coup, s'inhibe donc s'autocensure en décidant à tort ou à raison de ne pas exposer le GAN à des menaces qui lui semble excessives.

 

Mais la conséquence est là: la vulnérabilité réelle ou supposée d'un GAN est une restriction d'emploi.

 

Cela dit, un GAN est une arme polyvalente certes couteuse (tout compris, il faut effectivement compter 10 milliards d'euros, au bas mot). Mais, moyennant cette dépense pour obtenir quelque chose de très polyvalent, on oblige un adversaire continental à fixer des ressources spécifiques importantes afin de lui opposer une menace crédible.

 

En fait, je crois que l'utilité du GAN est d'obliger l'adversaire à se spécialiser, alors que le pays détenteur d'un GAN cohérent reste polyvalent: pour une dépense certes importante, il oblige son adversaire à spécialiser énormément de moyens anti GAN, qui sont pour une large part très ou assez spécifiques (donc peu employable autrement).

 

Un GAN est une façon de "fixer" son adversaire tout en restant soi-même mobile, non pas seulement géographiquement parlant, mais sur un plan fonctionnel.

 

Donc budgétaire. Or l'argent est le nerf de la guerre.

Commentaire n°7 posté par tschok le 06/07/2012 à 14h16

L'hyperbole du titre, comme vous dites si bien, est pour répondre à des personnes qui remettent constamment en cause l'utilité du PA2 : je ne vois pas pourquoi la Marine aurait l'un de ses instruments tronqués alors que les autres armées ont des instruments assez cohérents (vous imaginez l'Armée de l'Air sans ravitailleurs ?). J'ai souhaité, j'ai tenté de montrer que cette mobilité du porte-avions est à rappeler, même si normalement cela découle de la définition. Dans le cheminement de mes pensées, j'ai donc pu retrouver ces exemples de Libye et de la guerre des Malouines où l'on peut bien voir que la guéguerre stérile entre marine et armée de l'air nous mène dans des situations ubuesques, voir catastrophique...

J'aurais pu également explorer la voie du porte-avions comme instrument politique au sein d'une coalition, et c'est aussi un facteur déterminant à prendre en compte. La guerre du Kosovo montre aussi tous les avantages du porte-avions pour peser politiquement dans une coalition face à un pays d'accueil qui bridait la liberté de manoeuvre des alliés.

Je ne souhaitais pas, mais peut être me suis-je mal exprimé (c'est tout aussi possible) comparer le porter-avions forcément par rapport à une base prépositionnée. Bien entendu, il faut les deux. Mais le conflit libyen nous montre bien que l'on peut combattre "face à Toulon" et trouver que les bases françaises ou alliées les plus proches sont finalement encore trop loin.

Une autre restriction d'emploi du GAn que j'ai trouvé, ou plutôt, que j'ai entendu c'est le fait que le GAn n'a pas été, notamment, envoyé de suite en Libye car son départ n'aurait pas été des plus discrets : les premiers raids de l'Armée de l'Air permettaient cette discrétion, et donc la surprise. L'affichage diplomatique du porte-avions peut être gênant quand l'on souhaite frapper l'adversaire par surprise.

Votre réflexion est très intéressante sur la stratégie des moyens navals : un paragraphe sur la Jeune école et sa lutte face aux cuirassés anglais, et vous avez un beau billet !

Le GAn est polyvalent, il est sécable en différentes unités, il est un instrument politique enviable en ou hors coalition et s'il disparaissait, il resterait quand même ses autres constituants. Il est vrai qu'une marine sans GAn n'a rien de tout cela en général.

Réponse de Le marquis de Seignelay le 06/07/2012 à 17h44

En terme de résilience, le porte-avions, certes à quelques dizaines/centaines de miles de la côte, n'a pas à grand chose à envier à des satellites géostationnaires où une constellation en orbite basse.

Le porte-avions est escorté et mobile, quand le satellite suit une trajectoire prévisible et qu'il est seul.

 

D'ailleurs à propos de vulnérabilité, et pour l'US Navy, en revenir à des navires plus petits, mais plus nombreux, pourrait compenser le nombre, stable, mais au final assez faible (permanance, concentration, résilience, entrainement) de super porte-avions à 10/15 milliards pièce.

Commentaire n°8 posté par Kouak le 07/07/2012 à 17h28

Il ne fait guère de doute dans mon esprit que je partage votre enthousiasme (le mot est peut être une peu fort, mais je le risque) pour le GAN.

 

Cela dit, je voudrais nuancer cette position: le porte avions n'en est que l'un des éléments, même si c'est le "capital ship". Le GAN se conçoit comme une mini flotte de combat assez interarme, avec une composante sous marine, des BPC, des navires ASM, des frégates anti-aériennes, des navires d'action vers la terre (ici on peut imaginer des navires civils convertis en plateforme de tir pour des missiles ou des roquettes longue portée) des navires ravitailleurs, de chasse aux mines, etc.

 

La diversité de la panoplie des moyens qui peuvent être concentrés dans un GAN, de façon presque "naturelle", est assez impressionnante. Mais ce constat est à vrai dire déjà assez ancien (70 ans?). Les données nouvelles de la guerre moderne, celle de demain et pas d'hier, doivent-elles conduire à sa remise en cause?

 

Je vois deux types de données: l'économie, qui n'est souvent pas intégrée dans la réflexion militaire, sauf sous l'angle du traumatisme (la réduction de budget) et, au plan strictement militaire cette fois, la rupture tactique.

 

Sur le plan économique, la dépense considérable que représente le maintien en condition opérationnelle d'un GAN, et sa constante modernisation, doit de mon point de vue être validée, en ce sens qu'il y a entre autres des retombées très importantes sur un plan industriel local.

 

Un GAN produit une activité économique de haut niveau qui fait vivre son pays et sa région et qui représente une accumulation de richesses, dont certains éléments son exportables, et dont beaucoup d'éléments ont la particularité de faire appel aux potentiels de l'industrie lourde, qui manque cruellement en France.

 

Et je ne parle même pas de l'ingéniérie et des hautes technologies, dont la marine, civile ou militaire, n'imagine même plus se passer aujourd'hui.

 

En bref, un GAN, c'est une locomotive économique. Seulement voilà: une telle loco suppose d'avoir des waggons à tirer. Les a-t-on encore? Cela suppose d'avoir un tissu économique riche qui puisse bénéficier de l'activité que génère le GAN. Et là... j'ai des craintes.

 

En parcourant comme un profane mes lectures économiques,  je ne peux que  constater que les économistes qui affirment que la dépense militaire s'assimile finalement à un transfert social sont nombreux: au final, ils ne voient pas plus d'utilité à la dépense militaire que la distribution d'allocations.

 

(ce n'est pas mon avis, mais c'est eux les têtes)

 

Et là, je crois que nous avons été négligents même si j'observe que la DCN, par exemple, a une stratégie commerciale, capitalistique et industrielle qui me semble aller dans le bon sens (mais je l'observe de loin, de façon fatalement sommaire).

 

Tout cela pour vous dire qu'un GAN est non seulement un pari militaire, mais aussi un pari économique: si on le tente, encore faut-il en avoir les moyens non seulement sur le plan de la dépense budgétaire, mais sur le plan de l'écosystème (au sens de l'environnement économique).

 

Sur la deuxième donnée: la rupture tactique.

 

Là, parmi toutes les menaces, je fais mon choix: le missile balistique rustique (donc facile à tirer en salves de saturation) avec des têtes à guidage final et à charge militaire vicieuse peut singulièrement compliquer la vie d'un GAN en opération.

 

Attention, je ne vous dit pas forcément couler des navires au sein d'une flotte, en les choisissant individuellement comme cible prioritaire, ou d'occasion. Non, je vous dis qu'il se peut qu'il y ait des gens qui partent d'une analyse de ce qu'est un navire et de tout ce qu'on peut imaginer pour y mettre le bordel (si vous me passez l'expression).

 

Par exemple: que vaut une de ces magnifiques antennes radar criblée de ferailles délivrées à 300 km de distance par une bête roquette à charges multiples? Elle continue à marcher ou pas? En performances dégradées, ou carrément rien?

 

Toutes les armes qui dépendent pour leur propre bon fonctionnement du fonctionnement normal et parfait de cette antenne, que valent-elles au final?

 

L'Aster 15 est désormais validé pour intercepter un missile supersonique antinavire. Mais si les antennes qui servent à la détection, au guidage, à ceci ou cela ont été criblées de bêtes éclats, fait-il encore ce dont il est en principe capable?

 

Et que dire des charges au graphite, des bombes sales, des bactéries et des virus (la maladie est la vieille hantise du marin)?

 

Pour se défendre contre ce type de menaces, assez rustiques finalement, il faut passer de l'Aster au SM-3, pour parler du GAN français et le comparer à son homogue US. Il y a donc un gap à franchir alors que le nombre de systèmes Aster frôle l'indigence: on peut faire face au Yakhont en tir ciblé, en tir de saturation on sait pas, et on sait à peine faire face à des missiles balistiques de théatre et certainement pas en tir de saturation. Encore moins couplé à des roquettes, qui ont heureusement une portée réduite (max 300 km).

 

Un Etat moyen, comme l'Iran peut déjà se mettre à votre place et penser comme vous: délivrer x tonnes de munition sur un obectif qui est le GAN.

 

Vous me répondrez que le tireur du missile balistique n'a pas de désignation d'objectif. Mais c'est quoi une DO? C'est une position, un cap et une vitesse, à la base. Or, cela peut être fourni par n'importe quel navire espion croisant la route du GAN, sous pavillon de complaisance au besoin, et les mers du globe ne sont pas des déserts, mais des autoroutes.

 

Rien que sur nos autoroutes métropolitaines, croyez vous que la gendarmerie vérifie que tous les automobilistes ont une carte grise, une carte verte, un contrôle technique et un permis de conduire en cours de validité? Ah oui?  Mais dans ce cas, comment les go fast existent?

 

Et pourtant, la France métropolitaine c'est seulement 550.000 km² et les autoroutes françaises sont des flutes (une entrée, une sortie, des trous au milieu), donc, normalement, pas incontrôlables.

 

A comparer avec la taille moyenne d'un océan et la complexité des routes maritimes: le GAN, dès qu'il sort de ses eaux, a ses poissons pilotes. Il est logeable. Si on regarde une carte marine, rares sont les objectifs qui ne croisent pas une route maritime majeure où les porte-containeurs, les rouliers, les pétroliers, les châlutiers, les tout-ce-que-vous-voulez cheminent à la queue leu leu sur des milliers de km. Ces cordons sont de véritables frontières, avec détecteurs de mouvements.

 

Si un GAN, qui n'est pas un truc particulièrement discret, les franchit, comment garder le secret? Sans même parler de navire espion, comment faire qu'un des membres de l'équipage d'un navire ne dise pas à sa petite copine sur twitter: "oh didon, on vient de croiser la route du Charles de Gaulle et de sa flotte"?

 

Bref, obtenir une DO sur une flotte, c'est pas inhumain. Ca peut se faire, même sans satellite. Si le tireur, en face, peut décocher plusieurs salves de saturation, à longue distance - pourquoi pas? - ça peut aboutir à ce qu'un GAN conquérant et confiant dans sa valeur termine son odyssée comme l'Invincible Armada.

 

En conclusion, je dirais qu'il existe une certaine similitude entre le GAN et le char de bataillle type Leclerc: un outil dont la valeur n'est plus à démontrer, mais dont la vie sur le champ de bataille peut devenir très dure et aussi... très courte.

 

L'autorité politique ne peut pas être séduite par une telle conclusion.

Commentaire n°9 posté par tschok le 07/07/2012 à 17h59

Je n'ai pas encore trouvé de missiles balistiques pouvant menacer un GAn. Le guidage final suppose de pouvoir suivre les navires, et en plus, de pouvoir fournir une précision terminale aussi bonne que celle qui sert à un missile anti-navire. C'est indispensable car l'on n'use plus des armes nucléaires tactiques, et surtout parce que la charge militaire d'un missile balistique n'est pas, aux dernières nouvelles, manoeuvrable dans l'atmosphère... pour les missiles balistiques à longue portée (du MRBM à l'ICBM) : c'est difficile de manoeuvrer une charge qui vole entre Mach 6 et Mach 20.

Il y a bien l'exemple de l'ATACAMA mais cela suppose un guidage terminal laser ou par GPS (je cite de mémoire). Mais nous sommes dans la catégorie des SRBM, et il faudrait pouvoir pointer un porte-avions pendant le temps de vol du missile balistique de courte portée, ce qui suppose bien des capacités...

Je me permettrais de croire que l'Aster et le PAAMS sont conçu contre les tirs de saturation puisqu'ils sont de la même génération que l'AEGIS et les SM-2 et 3.

Vous me permettrez de douter sérieusement, au final, de deux choses :

  • de la possibilité qu'un Etat ou une organisation politique recours à une "bombe sale", NRBC et/ou de destruction massive contre des forces conventionnelles adverses, 
  • de la difficulté particulière de détruire un char de bataille ou un porte-avions avec des missiles balistiques.

Vous pouvez, certes, "suivre", la route du GAn, mais vous ne le faites certainement pas avec la précision militaire requise pour l'atteindre... avec une charge conventionnelle.

Réponse de Le marquis de Seignelay le 07/07/2012 à 18h39

Vous raisonnez dans "l'idéal" - si je puis dire - du coup direct: la charge militaire qui atteint sa cible et explose.

 

Je pensais plutôt à une charge qui explose dans un certain périmètre autour de sa cible, sans nécessairement la détruire, mais en occasionnant des nuisances ou des dommages qui amoindrissent les capacités opérationnelles (ou même produisent seulement un effet psychologique).

 

Quelles sont les données de base? Une flotte file à une vitesse de 25 noeuds, quand elle marche bien (en réalité, en moyenne, on est plus proche des 20) ce qui fait moins d'un km par minute (0.8 env).

 

Un vieux missile comme le pershing I franchissait un peu plus de 700 km en moins de 80 secondes, c'est à dire qu'entre le moment où on le lance et celui où il arrive sur sa cible, tout ce qui se déplace à raison de 800 m par minute s'est éloigné de moins de 2 km du point visé.

 

Il suffit donc de trouver une charge militaire qui produit des nuisances ou des dommages dans un rayon de 2 km.

 

Pour peu que le missile en question ait, comme le pershing II de la fin des années 70', une tête à guidage terminal on peut même envisager des tirs ciblés: peut être pas avec impact direct, mais avec explosion d'une charge suffisamment près du navire pour, par exemple, endommager ses antennes avec des éclats.

 

Reste à savoir si une flotte peut se disperser, pour compliquer ce genre de tir. Elle le peut très certainement, mais en même temps l'élasticité de la formation d'une flotte de combat ne doit pas la conduire à devenir un groupe de navires isolés qui pourraient à leur tour être pris pour cible de façon particulière par d'autres moyens, sans pouvoir bénéficier de la protection que confère le nombre.

 

S'agissant de la menace représentée par les missiles antinavires, on espère que le GAN français en formation dispersée tient à l'intérieur de la bulle de protection de deux Forbin, sinon...

 

Par ailleurs, je ne comprends pas vos réserves sur les "bombes sales": autant leur emploi sur la terre ferme est problématique à maints égards, autant leur emploi en pleine mer sur une flotte de combat l'est beaucoup moins et peut se révéler très incapacitante pour certains bâtiments, spécialement les portes avions et BPC. Tant que le pont d'envol n'est pas décontaminé, ces navires sont juste des hangars flottants.

 

En combien de temps on décontamine un pont d'envol? Vous imaginez bien qu'elle magnifique opportunité représente la paralysie même relativement courte  d'un pont d'envol pour un assaillant capable d'attaques coordonnées.

 

D'autre part, je ne sais trop quelles différences ésotériques on opère entre les mirv, les marv ou les rv, mais je constate quand même que le Pershing II, qui est une antiquité, avait un guidage terminal (système RADAG par corrélation) avec un CEP de 12 à 36m pour une portée de près de 1500 km.

 

http://histoire-militaire.pagesperso-orange.fr/infanterie/missilePershing.htm

 

Alors, j'ignore si une tête manoeuvre dans l'atmosphère pour s'aligner sur sa cible, ou bien si elle doit être "mise sur les rails" un peu avant d'y entrer, mais toujours est-il que depuis plus de 30 ans maintenant on sait faire arriver des missiles tirés de plus en plus loin dans des cercles de plus en plus petits. Dès qu'on a une DO et une charge qui produit des dommages dans le rayon voulu, on n'a pas tellement besoin de plus. Non? Ou me goure-je complètement?

 

Sinon, sur les Aster et autres, je suis d'accord avec vous: l'Aster a une capacité antimissile supersonnique validée, tout récemment d'ailleurs. L'aster est également réputé antimissile balistique de théâtre de niveau Scud et les programmes de montée en gamme sont en cours, avec des seuils de maturité plus ou moins lointain en fonction du type de missile balistique.

 

Cependant, à ma connaissance il n"y a eu aucun test d'interception en saturation en vraie grandeur: on espère tous que le système en est capable. En lisant la presse spécialisée, le lecteur se rend d'ailleurs compte que la bordée de missiles qu'est capable d'envoyer un navire de guerre classique d'une marine asiatique, par exemple, est au double de celle d'un navire européen.

 

PS: Sur les mirv, ce doc rigolo, sans doute hors sujet, mais qui vous intéressera peut être:

http://www.dtic.mil/cgi-bin/GetTRDoc?AD=ADA223379

 

 

Commentaire n°10 posté par tschok le 07/07/2012 à 22h01

Quand j'observe les formations de navires de guerre pendant une opération militaire, j'ai souvenir -mais je peux lourdement me tromper- de formation où les vaisseaux sont éloignés de plusieurs centaines de mètres, si ce n'est plus. De telles menaces ne feront qu'accroître ces distances.
Je doute aussi de la possibilité de suivre une escadre au kilomètre, et même aux 10 km.

Il faut aussi avoir les capacités de ciblage : Henrotin disait dans le HS de DSI sur l'artillerie que pendant le conflit libyen de 2011 ou la guerre du Golf de 1991 que les forces libyennes avaient par deux fois, donc, visé à chaque occasion une cible fixe (une ville et une île). A chaque occasion, ils ont raté la cible de plusieurs kilomètres...

Les Forbin déplacent une bulle de 3 à 500 km de rayon : la France tiendrait dedans à ce que l'on peut en lire.

Je doute surtout de la pertinence politique de recourir à des bombes sales : c'est monté d'un cran dans le recours à la force, et l'on ouvre des possibilités aux autres pays, et personne ne gagne à ce jeux là... Surtout face à des flottes encore constituées de navires conçus aux normes NBC.


Effectivement, le Pershing semble être une belle machine : mais qui détient ces capacités aujourd'hui ? Qui est capable de les mettre en oeuvre ? Il faut voir de quel missile il est question, qui le met en oeuvre, est-ce qu'il a fait des exercices montrant qu'il est capable de faire ce qu'il affirme ?
Vous ne vous trompez pas complètement, bien au contraire. Mais quand l'on regarde qui possède les missiles, qui les met en oeuvre et le nombre d'exercices effectués depuis 10 ou 20 ans, il est possible d'être amené à relativiser la menace.

Je crains que le système Aster ne soit pas mis en oeuvre en vraie grandeur pour raison budgétaire. Comment est-ce que le système est validé pour ses capacités totales ? Il faudrait demander à la DGA. J'observe que la dernière F67 a tiré cinq Exocet en rafale, et c'est bien parce que tout ce matériel était bon pour la casse.







Réponse de Le marquis de Seignelay le 08/07/2012 à 20h53

si l'on considere que les premieres frappes d'etouffement sont faite avec les missiles de croisiere,le deuxieme job le plus exposé ce sont les missions sead pour la suppression des radars de detection et guidage des batteries de missiles  aa fixe ,il peut etre estimé que ce role peut etre rempli par des ucav embarqués dans moins de 15 ans et pourquoi pas un binome avion piloté ucav

 

 

Commentaire n°11 posté par iceman le 10/07/2012 à 22h02

Un GAN a une valeur militaire remarquable …dire qu’il présente une supériorité absolue comme base avancée a peu de sens, quand le choix des équipements de défense s’appuie nécessairement, au delà des avantages purement militaires, sur une ensemble de paramètres complexes, notamment budgétaires, économiques ou géopolitiques articulés de façon cohérente.

On pourrait reformuler votre propos, en toute humilité, en considérant que le GAN est, dans l’absolu, doté d’une vraie supériorité comme base avancée. Mais, hélas,  en toutes choses, tout est relatif, c'est-à-dire que le contexte impose sa tyrannie.

L’histoire des conflits du XXème siècle rappelle qu’il n’a jamais été  possible à des bâtiments de grande taille, à fortiori environnés de leur escorte, de cacher longtemps leur position. Depuis, les technologies de surveillance et de reconnaissance ont largement progressé.

Très récemment encore, lors de la guerre des Malouines, un petit nombre de super-étendards isolés au sein d’une force aérienne défraichie ont réussi à couler des navires de 1ère ligne de sa gracieuse majesté.

Plus récemment encore des sous marins chinois ont semé l’émoi de la flotte japonaise.

La prolifération future de sous marins AIP  et de missiles à longue portée sont des menaces réelles, à ne pas négliger.

En cas de conflit, Le GAN doit être entouré d’un cocon de protection dense.  Il ne doit pas être oublié que le Charles De Gaulle a bénéficié du cadre protecteur des forces de l’OTAN, lors du conflit Lybien.

Pour faire court, la valeur militaire d’un PAN dépend étroitement de la qualité de l’environnement qui sous tend son emploi. C’est une arme de riche.

La France n’a pas les moyens de répondre, seule, à cette condition, en cas de conflit significatif qui justifierait l’emploi du GAN.

En revanche, le GAN est un outil supérieur de politique étrangère. C’est un instrument de démonstration de force unique : puissant, souple et permanent. Ceux qui disposent d’un GAN pèsent dans le concert international.

Dans un esprit provocateur, on pourrait affirmer que le GAN français  prend toute son valeur quand il ne fait pas la guerre.

A contrario, et pour donner suite à votre brillant papier (avec les réserves qu’impose le sens des nuances), on pourrait regretter que le projet d’un second PA a toujours été examiné à l’intérieur du cadre défini par les moyens dévolus à la Marine nationale, alors qu’il aurait pu l’être dans le cadre confondu des moyens dévolus  à l’armée de l’air et à la Marine.

En d’autres termes, le projet de second PA, compte tenu de la disette budgétaire que connaît la France pourrait être appréhendé comme un outil alternatif à certains moyens dont dispose l’armée de l’Air (base aérienne et aéronefs)……

Commentaire n°12 posté par roland ulysse le 13/07/2012 à 04h33

Nous pouvons fournir l'escorte en SNA, en frégates ASM et AA : que voulez-vous de plus ? Nos frégates de défense aérienne de classe Horizon ont démontré leurs capacités à intercepter des missiles de croisière supersoniques. Nous avons des avions de guet aérien (E-2) et c'est bien l'absence de tels aéronefs dans la Royal Navy en 1982 qui lui a coûté tant de navires. Quels missiles à longue portée menacent-ils notre porte-avions ? S'il s'agit des missiles balistiques, il n'y a aucune capacité de ciblage crédible pour menacer un navire à longue distance. Quelle protection de l'OTAN ? Pour avoir eu quelques explications sur le déroulement de l'opération Harmattan, nous n'avons eu aucune protection en la matière...

Permettez-moi de ne pas être d'accord : si, nous en avons les moyens, et nous avons montré que nous savions autant protéger qu'engager notre GAn.

Ah, si l'Armée de l'Air participait à la stratégie navale nationale, alors les relations seraient bien différentes...

Réponse de Le marquis de Seignelay le 14/07/2012 à 19h10

@ Marquis,

 

Je reprends le fil de ce dial avec un peu de retard... pour cause de vacances, juste pour vous répondre sur un point.

 

La marine nationale est en mesure d'opposer une réponse à toute menace potentielle qui pèserait sur le GAN en opération:

- La menace sous marine peut être contrée par une escorte SNA

- La menace représentée par les missiles antinavires cotiers, ou embarqués sur navire ou sur aéronef, de croisière ou supersoniques, peut être contrée par le dispositif Aster sur Forbin

- La menace représentée par les mines flottantes ou immergées, peut être écartée par une escorte de chasseurs de mines (ou tout simplement en adoptant une route qui évite les endroits minés)

- La menace représentée par l'arme aérienne adverse peut être contrée par le groupe aéronaval embarqué avec dispo d'alerte avancée hawkeye

- Même la menace représentée par les embarcations légères et rapides dotés de missiles courte portée ou de lances roquettes peut être traitée au canon mitrailleur stabilisé, voire au canon de 100 mm ou de 76 mm (et même en tourelleau téléopéré de 12.7 mm)

 

En bref il y a une réponse à tout... ou presque. Car il y a des domaines de menaces où il n'y a pour l'instant pas de réponse.

 

J'en vois trois:

- Les tirs de missiles antinavires de saturation ou accompagnés par des manoeuvres de leurrage ou d'aide à la pénatration: trois systèmes Aster peuvent-ils suffire à faire rempart à 100% efficace? Car il n'y en a que trois: les deux sur Forbin plus celui de CdG.

 

- Les tirs d'artillerie longue portée: pour l'instant, je ne vois aucun équipement embarqué sur navire de la marine nationale capable d'intercepter un obus, en particulier les obus intelligents de nouvelles génération.

La portée de cette menace serait comprise entre 40 et 100 km, voire plus.

 

La technologie pour contrer ce genre de menace existe. Il me semble donc idiot de ne pas intégrer le fait que la guerre navale pourrait revenir à des affrontements au canon, surtout si le vecteur de cette artillerie longue portée est un vecteur rapide et furtif comme on sait maintenant en construire en Europe et demain, sans doute, ailleurs.

 

- Enfin la dernière menace contre laquelle on n'a aucune réponse pour l'instant, c'est le missile balistique antinavire, comme le DF-21D chinois par exemple, ou les missiles que les iraniens se vantent d'avoir tirés avec succès lors des toutes dernières manoeuvres de juillet.

 

Je suis bien d'accord: ces missiles, on ne sait pas trop ce que ça vaut. Mais vous conviendrez que la mise hors de combat d'un porte avions est un luxe qu'on ne peut se permettre. Et puis, pour le moment, les pays détenteurs sont peu nombreux (Chine, Iran, peut être Corée du Nord). Mais, finalement, il est possible que les technologies de guidage ne soient pas si complexes qu'il y parait.

 

Par ailleurs, il ne faut pas sous estimer les capacités d'innovation des petits Etats militaires ou d'organisation non étatiques disposant d'importants stocks de missiles balistiques russes ou chinois ou nord coréens, voire home made, à partir de technologies civiles détrounées ou de composants militaires réemployés.

 

Après tout, c'est une question de probabilité: un GAN a plus de chances d'être confronté à des armes proliférantes que non proliférantes. Or, le missile balistique est proliférant.

 

Sur le problème de la désignation d'objectif: la Chine a lancé des satellites et on affirme qu'elle possède des radars OTH (trans horizon) de 3000 km de portée, afin de pratiquer une politique d'interdiction d'accès à la mer de Chine méridionnale.

 

L'Iran n'en est certes pas là... Mais d'un autre côté, le détroit d'Ormuz est... un détroit. C'est pas large, quoi. Et le Golfe Persique, c'est pas le Pacifique et c'est encombré de toutes sortes de navires plus ou moins identifiés qui peuvent dissimuler des unités de reconnaisance adverses capables d'élaborer une DO et de la transmettre à un batterie côtière suffisament rapidement pour que le tir soit précis.

 

En dernier lieu, la menace sous marine ne peut être écartée d'un revers de la main, alors que le sous marin devient lui-même proliférant: avec 4 SNA en service, la marine nationale peut en opposer combien en pratique, lors d'une opération peut être à l'autre bout du monde, et les maintenir en opération sur place tout en sécurisant les voies de ravitaillement?

 

En fait, si on y réfléchit bien, il y a deux sortes de GAN: celui qui va au contact de l'adversaire, et donc qui doit faire la guerre, et celui qui reste dans une zone de faibles risques et qui projette sur l'ennemi, grace à la puissance de feu de son groupe aérien, un certain nombre de tonnes de munition.

 

Notre GAN relève à mon sens de la deuxième catégorie. L'enjeu est donc de savoir combien de kilomètres nos Rafale devront faire pour délivrer leur munition sur leurs cibles. Or, plus on fait de kilomètres, moins en délivre de munitions, ce qui oblige logiquement au developpement des munitions de précision et à la mise en oeuvre d'une capacité de ravitaillement en vol.

 

Sur les munitions de précision, on est OK. Sur le ravitaillement en vol, on a une sous capacité qui limite le format des attaques que nous pouvons mener, ce qui conduit à un paradoxe: on a dépensé une fortune pour un PA capable en théorie d'embarquer 40 avions, mais en fait il est assez inutile en pratique d'en embarquer peut être plus de 20, vu qu'on ne peut pas simultanément en ravitailler plus jusqu'à un objectif lointain.

 

C'est là le plus gros défaut de notre GAN: une petite incohérence (la sous capacité du ravitaillement en vol) génère une perte de rendement, alors que l'ensemble de cet énorme système d'armes qu'est le GAN a quand même coûté la peau des fesses.

Commentaire n°13 posté par tschok le 31/07/2012 à 16h17

Pour la première menace que vous identifiez, je répondrais par un semblant de paradoxe. Avant toute chose, il faudra bientôt ajouter les Aster 15 des FREMM ASM. Cela fera un système supplémentaire avec 16 Aster 15, c'est déjà cela. Pour le semblant de paradoxe :
- il me semble que le système Aster a été pensé pour répondre à des attaques de saturation,
- que ce soit rigoureusement vrai ou pas -et je pense bien que c'est le cas, il me semble l'avoir bien lu- il y a une quantité limitée d'Aster et l'essai de 2011 d'interception d'un missile anti-navire supersonique montre le tir d'une salve d'Aster, soit au moins deux missiles contre un engin adverse assaillant. Le calcul est vite fait.

- Je vous rejoins sur la menace par artillerie à longue portée. J'ai retrouvé au moins un exemple d'affrontement entre un cuirassé anglais en mouvement et une batterie côtière allemande. Si en 1940 c'était possible, alors aujourd'hui cela doit être pire. Je vous rejoins parfaitement sur la conjonction d'un navire "invisble" avec une artillerie à longue portée.

- En ce qui concerne les missiles balistiques (de SRBM à MRBM), je vois bien des possibilités de frappe précise par de tels engins puisque la charge d'un missile balistique ayant une telle portée peut manœuvrer dans l'atmosphère. Mais les exemples que j'ai, dont le SRBM de l'US Army, manœuvrent pour se porter contre un objectif fixe. Pour atteindre un objectif en mouvement avec une charge classique il faudrait un rafraichissement en vol. L'URSS avait réussi à réduire l'erreur circulaire propable à 400 mètres avec les RORSAT.
Dans le cas du DF-21, il faut voir si le missile ne délivre pas une charge qui sort des possibilités aérodynamiques pour manœuvrer dans l'atmosphère : passer Mach 6, cela devient compliqué, voir impossible...

En fait, je crains surtout des tirs de DF-21 contre des navires au mouillage ou en cale sèche.

Le problème fondamental est le repositionnement du missile sur sa cible : il doit pouvoir manœuvrer et recevoir des informations rafraîchis au cours du vol. Un lecteur citait l'exemple d'un missile balistique américain embarcant un petit radar.

Il a été vu pendant l'opération Harmattan que six SNA était un format insuffisant...

Mer et Marine relevait que le SMX-23 Andrasta était silencieux pour deux raisons : la simplicité de sa conception, ses lieux d'évolution. C'est pareil pour les sous-marins de poche et côtier iraniens.

Vous m'expliquerez pourquoi bien des personnes rechignent à demander des Rafale avec des ailes repliables : la capacité en avions du Charles de Gaulle fait un bon en avant d'un seul coup...

Pour le ravitaillement en vol du GAn il y a trois grandes voies :

  • celle du COD que j'ai tenté d'explorer,
  • celle de l'hydravion,
  • celle de l'hélicoptère lourd hybride.

 

Réponse de Le marquis de Seignelay le 20/08/2012 à 19h13

cHer Marquis,

Avec beaucoup de retard quelques éléments de réponse:

- l'ASTER 30 a prouvé sa capacité à détruire des missiles supersonqiues isolés. Sera-t-il aussi efficace en cas de salves de missiles? 

- 3 Hawkeye seulement !!! si on retient un taux de disponibilité de 70%, cela revient à dispoer en permanence de 2 avions, pour une surveillance censée couvrir 24h/24 !

- missile BRAHMOS par exemple .

Commentaire n°14 posté par roland ulysse le 14/08/2012 à 05h00

- A priori, cela doit être dans ses gènes puisque c'est le premier systèmes d'armes anti-aérien majeur qui est développé depuis le système AEGIS, et il était destiné à une sorte de programme otanien à l'époque (une sorte de NFR90). Ce développement tirer ses sources dans la volonté de supplanter l'URSS. Je n'ai pas de documents affirmant ou infirmant cette capacité, je ne fais que supposer que c'est bel et bien le cas. Toute fois, le fameux essai contre missile anti-navire supersonique de l'année 2011 montrait l'emploi d'une "salve de missiles Aster" contre la cible. En admettant que le système d'armes puisse gérer des tirs saturants, on ne peut que constater que le système serait saturé par manque de munitions. Ce manque dépend de la taille de la formation engagée : une frégate ? Plusieurs frégates ? le GAn ?

- La Marine souhaitée des C-2 Greyhound (l'officier de la Marine nationale qui est intervenu lors du colloque Mer et Universités était chargé de ce dossier à l'époque). La Cour des comptes n'a pas fait le calcul comparatif du coût de la logistique aérienne avec Super Frelon/NH90 uniquement avec celui incluant des C-2.
De même, il y a eu le fameux achat avorté d'un quatrième E-2 à un coût très avantageux. Ce n'était pas une priorité (comme souvent).

Réponse de Le marquis de Seignelay le 18/08/2012 à 17h18

Père de l'aéronavale française ?

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/ba/Clement_ader%2C_1891.jpg© Wikipédia. Clément Ader en 1891.

 

"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.

 

Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.


Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées... A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".

Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).

Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.

La Maritimisation et la France

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   Commande et construction de deux nouveaux porte-avions dans les années 2030 ?


 

Marine. Une stratégie payante.


«Jean-Yves Le Drian, a clairement réaffirmé que «le renforcement des capacités de la Marine nationale serait poursuivi (...) comme un choix politique et stratégique prioritaire». Un membre important de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité traduit: «C'est le bilan politique le plus important d'Euronaval qui anticipe les arbitrages budgétaires du prochain Livre blanc

 

« La même source qui requiert l'anonymat précise que, «rompant avec les quinze dernières années, la Marine nationale ne sera plus la variable d'ajustement des autres armées».

 

« Au résultat, le naval de défense dispose aujourd'hui d'un carnet de commandes plus important que tous les prospects de l'aéronautique militaire. Il s'agit, par conséquent, d'un véritable moteur des exportations françaises. »

 

« Plusieurs des grands exposants d'Euronaval se félicitent que «notre Marine ait pu rattraper efficacement le retard qu'elle accusait sur les autres armées en matière de communication car elle est aujourd'hui barrée par un chef d'état-major hors du commun».

 

Article d'Etienne Pelot, le Télégramme, publié le 3 novembre 2012.


 

Et si la Marine pouvait défendre la croissance ?


"Mondialisation oblige, des millions de conteneurs voyagent chaque année sur les mers du globe. Evidemment, ces flux ne cessent de progresser. Si les océans sont des routes de premier choix, ils regorgent également de ressources… de plus en plus recherchées. Réserves d’hydrocarbures dans les sous-sols marins, présence de terres rares, lieu d’installation des éoliennes offshore et des hydroliennes… «Les océans deviennent un objet de convoitise», affirme le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux.

 

A tel point que les Etats se livrent une «véritable guérilla juridique» pour étendre leurs zones maritimes. Après avoir conquis les terres, l’homme cherche à s’approprier la mer. Où il parvient déjà à se sédentariser: plus de 700 plateformes sont aujourd’hui en service dans les océans du monde, et des milliers de salariés y travaillent.

 

[...]

 

D’où la nécessité, selon les sénateurs, de se doter d’une Marine nationale forte. Et c’est là que le bât blesse. Car si le budget de la Défense connaît des coupes, celui de la Marine est particulièrement malmené.

«Ça fait quinze ans que la Marine sert de variable d’ajustement au budget de la Défense. Tout simplement parce que les armées de Terre et de l’Air sont bien plus organisées en termes de lobbies parlementaires», explique un membre de la rédaction du site spécialisé Espritcors@ire.

 

En tout cas, le budget des marines européennes diminue chaque année de 1%, alors qu’entre 2011 et 2016, le budget naval de la Russie devrait augmenter de 35% et celui de la Chine, de 57%".

 

Article de Céline Boff, publié dans "20 minutes", le 12 juillet 2012.

 

 

 

Bibliographie et articles :


Future LPM: situation de la Marine

 

http://i.imgur.com/poKeY.jpg

 

Le ministre a également confirmé le discours très engagé sur la place du fait maritime dans le futur Livre Blanc, qu’il avait tenu le mois dernier aux Universités d’été de la Défense, à Brest, lors du lancement de la frégate Aquitaine :

« L’enjeu maritime est celui qui sera au cœur des années à venir. Après un 20è siècle de conflits continentaux, les nouveaux conflits et menaces viendront de la mer. La souveraineté passe par la mer. Il est impératif de prendre en compte cette donne. Et c’est ce que j’attends du Livre Blanc. » Lorient, jeudi 18 octobre 2012 (par Mer et Marine).

 

Le ministre de la Défense a confirmé, décalé ou infirmé les programmes suivants intéressant la Marine dans le cadre de la future loi de programmation militaire (LPM) :

Dissuasion :

Dans son ensemble, les deux composantes de la dissuasion nucléaire nationale sont préservées. C'est un engagement du Président de la République.

Dans le hors-série du "Marin" consacré au salon Euronaval, il est possible d'apprendre, à travers une interview du PDG de DCNS,  Patrick Boissier, que les SNLE de troisième génération seraient en cours de définition, voire d'études.
Le "M-6" serait lui aussi sur les rails puisque son développement dépend de deux dynamiques :

  • l'avenir de la fusée Ariane (future version VI ou Ariiane V MLE ?),
  • du lancement d'un programme d'études amont comme l'Exoguard en complément ou en substitution au programme Ariane VI.

 

Flotte de surface :

 

Lutte anti-sous-marine :

 

Fonction Garde-Côtes :

 

Bibliographie :

  • "L'avenir des forces nucléaires françaises"
    Rapport d'information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées (Sénat) par MM. Didier BOULAUD, Xavier PINTAT, co-présidents, Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, Mmes Michelle DEMESSINE, Josette DURRIEU, MM. Jacques GAUTIER, Alain GOURNAC, Gérard LARCHER et Bernard PIRAS, 12 juillet 2012.

  • "L'avenir du groupe aéronaval : la nécessité d'un second porte-avions"
    Rapport d'information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées (Sénat) par André Boyer, 25 mai 2000.

  • "Le mode de propulsion du second porte-avions"
    Rapport d'information fait au nom de la commission de la défense nationale et des forces armées (Assemblée nationale) par Mme Patricia ADAM, M. Charles COVA,Mme Marguerite LAMOUR et M. Jérôme RIVIÈRE, 5 novembre 2003.
  • "Aéronautique navale : missions et vocations de l'Aviation navale"
    Rapport d'information fait au nom de la commission de la défense nationale et des forces armées (Assemblée nationale) par Jean-Yves Le Drian, 10 octobre 2011.

  • "L'aéronautique navale, les ailes de la mer"
    Actes du colloque - "L'Aéronautique navale, facteur de puissance en mer au service de la sécurité et de la défense" - qui s'est tenu le 10 juin 2009, transposés dans ce bulletin d'études Marine édité par le Centre d'Etudes Supérieures de la Marine (CESM), 2010.

  • "Action de l'Etat en Mer, une garde-côtes à la française ?"
    Rapport d'information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées (Sénat) par André BOYER et Jean-Guy BRANGER, juin 2005.

  • "Action de l'Etat en Mer"
    Rapport d'information fait au nom de la commission de la défense nationale et des forces armées (Assemblée nationale) par Mme Patricia Adam et M. Philippe Vitel, 7 février 2012.

  • "Le maintien en condition opérartionnelle de la Flotte"
    Rapport d'information fait au nom de la commission des Finances (Sénat) par M. Yves de Fréville, 22 juin 2005.

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