Partager l'article ! La Marine nationale voulait son croiseur à propulsion nucléaire: © Inconnu. CVN-65 Enterprise, CGN-9 Long Beach and DLGN-25 Bainbridge during ...
Le Fauteuil de Colbert
© Inconnu. CVN-65 Enterprise, CGN-9 Long Beach and DLGN-25 Bainbridge during
Operation Sea Orbit 1964
La Marine nationale devait se reconstituer après la seconde guerre mondiale. Comme croiseur, il ne restait plus que les Gloire, Montcalm et Georges Leygues. La coque du croiseur De Grasse avait
été retrouvée en assez bon état à la Libération. Avant l'éclatement du conflit, ils étaient 18 unités. Les survivants étaient autant usés par la guerre qu'ils étaient devenus obsolètes.
Les menaces aériennes étaient parmi les plus dangereuses pour la Flotte. Cette leçon de la seconde guerre mondiale se transposa sous de multiples aspects dans la Flotte française :
Entre temps, la menace aérienne s'était encore accrue : les avions de chasse et d'attaque volent désormais à la force des réacteurs. Contre ces appareils évoluant aux vitesses subsoniques et
supersoniques, les engins, c'est-à-dire les missiles, prennent leur essor là où les canons, même guidés par radar, ne suffisent plus.
L'US Navy se protège de ces innovations en remettant en service, le 1er novembre 1955, le croiseur Boston (CAG-1, ex-CA 69). Il est le premier navire au monde à être armé
d'engins (le cuirassé Mississippi est le premier navire à faire les essais des engins) : la tourelle arrière de 203mm est remplacée par une rampe double de RIM-2 Terrier (32 km de
portée).
Pour accompagner les nouveaux porte-avions français, Clemenceau et Foch, et suppléer aux Colbert et De Grasse qui ne sont pas taillés pour ces nouvelles menaces, l'état-major de la Marine
ambitionne une série de six frégates lance-engins.
Par une direction du 12 avril 1958, une certaine programmation des investissements militaires est lancée. Un autre document, la fiche du 7 novembre 1958, établit un projet de plan quinquennal pour les constructions navales à venir. Il s'agit en fait de deux plans quinquennaux :
La série tarde à être mise sur cale. Mais, elle est très vite réduite à 5 unités. Puis, la loi-programme du 6 décembre 1960 (période 1960-1965) réduit encore plus la série à 3 unités. En 1964 il fallait choisir entre le troisième navire et 42 Crusader. Le Président De Gaulle consulta son fils d'Amiral qui lui conseilla de trancher en faveur des intercepteurs afin de compéter les groupes aériens des porte-avions.
Ce qui est particulièrement intéressant, c'est le cas d'un navire assez inconnu dans les rangs de la Marine nationale. Jean Moulin fait référence à son cas dans deux de ses ouvrages parus à Marines éditions :
La première marine de guerre se mouvant uniquement à la propulsion nucléaire était en gestation aux Etats-Unis. Il y eu tout d'abord le premier sous-marin atomique du monde : l'USS
Nautilus qui est à la mer en 1954. La prochaine grande étape est la construction d'un porte-avions nucléaire : l'Enterprise. Un an avant qu'il soit sur cale (1958), l'US
Navy fait poser la quille du CGN-9 Long Beach (1959). Il est le prototype des escorteurs à propulsion nucléaire de la marine américaine (et pas seulement puisqu'il porte la
passerelle du futur Enterprise) dont les batteries principales seront désormais composées d'engins. Son armement anti-aérien se composait, à son entrée en service, des missiles
Talos (96 km - une rampe double - 40 missiles) ainsi que des missiles Terrier (32 km - deux rampes doubles - 240 missiles). Son armement anti-sous-marin se composait d'un
lanceur ASROC.
Une série d'escorteurs, croiseurs et destroyers, à propulsion nucléaire allait suivre :
Il y a fort à parier que la Marine nationale a été très influencée par l'avancement des programmes de navires atomiques aux Etats-Unis pendant les années 50. De façon surprenante, il n'aurait pas été question de porte-avions nucléaires lors de la conception des Clemenceau et Foch. L'idée d'un pont plat à propulsion nucléaire semble naître avec les deux PH75.
Il a bien été question des sous-marins nucléaires : le Q244, essai infructueux mais enrichissant, de sous-marins atomique lance-engins, est là pour le prouver. Et c'est peut être l'échec du Q244,
et surtout de la filière nucléaire retenue pour sa propulsion, qui explique l'absence de projet nucléaires pour les deux porte-avions.
Il ne manquait plus que de découvrir que l'US Navy influença suffisamment la marine française pour qu'elle eut étudié un croiseur-escorteur à propulsion atomique.
Il serait fort de dire que le seul état des finances ait eu raison de ce projet. Il est vrai que la constitution de la force de dissuasion nationale engloutit des sommes impressionnantes. Les frégates lance-engins en firent les frais les premières : la série fut réduite de 6 à 2 unités. L'état-major tenta bien de relancer le concept avec une classe plus spécialisée, la classe Tourville d'escorteurs ASM, mais elle aussi fut, elle aussi, limitée en nombre d'unités (trois), par rapports aux besoins exprimés par les amiraux (18 navires).
Néanmoins, il faut dire également que l'US Navy eu quelques difficultés à développer une flotte d'escorteurs océaniques à propulsion nucléaires. Non pas du côté des sous-marins, qui
prolifèrent largement, aussi bien dans la marine américaine que chez sa consoeur soviétique : plusieurs centaines d'unités entrèrent en service dans les deux marines.
Mais du côté des navires de surface, il y a eu un certain blocage. Par exemple, l'Enterprise fut le premier et seul porte-avions nucléaire américain jusqu'en 1975. Face aux coûts de
construction et de mise en oeuvre, la marine américaine lançait par la suite deux porte-avions à propulsion conventionnelle. Le premier Nimitz, à propulsion nulcéaire, ne fut mis en
chantier qu'en 1975.
Du côté des escorteurs, il faut bien remarquer que, bien souvent, il s'agit de micro-série (deux ou quatre unités). Que dire des Bainbridge et Truxton qui n'auront pas de suite
? Ils sont les adaptations nucléaires des croiseurs des classes Leahy et Belknap, et celles-ci comptent respectivement chacune 9 unités. Enfin, la propulsion nucléaire ne sera
pas adoptée à bord des croiseurs Ticonderoga (27 unités) et des destroyers Arleigh Burke (70 unités et plus).
Pour en revenir à la Marine nationale, il serait aussi très intéressant de savoir ce qu'aurait pu être cet escorteur à propulsion nucléaire. Très certainement, il aurait repris la polyvalence
voulue pour la classe Suffren, puisqu'il semble que ce projet découle de la même période, et donc de la même façon de penser.
In fine, cet escorteur pourrait découler d'une des solutions envisagées pour les frégates lance-engins :
Premièrement, il serait étonnant d'admettre que l'état-major de la Marine ait pu envisager sérieusement de faire rentrer tout cela sur un navire de 5000 tonnes : il y a fort à parier, encore une
fois, que le tonnage aurait été assez proche du Long Beach (17 000 tonnes à pleine charge).
Aussi, il y a de quoi s'étonner de ne pas y trouver la présence d'un groupement Malafon : est-ce à dire que c'était soit ce système ASM à longue portée, soit un détachement d'hélicoptères ASM
?
Deuxièmement, l'Amiral Nomy, chef d'état-major de la Marine, considérerait que face à l'augmentation considérable des portées des armes et des senseurs, grâces aux engins, aux radars et sonars,
il était possible de réduire le nombre d'escorteur. L'Amiral Nomy, aura même cette phrase, relevée par Jean Moulin (p. 11 de l'ouvrage sur les FLE), qui indique bien la philosophie des Suffren :
"les construire plus gros et plus cher".
C'est pourquoi l'escorteur français à propulsion nucléaire aurait pu reprendre cette formule, abandonnée pour les frégates lance-engins car cette propulsion nucléaire aurait introduit une
autonomie accrue, ainsi qu'un coût accru. D'un côté, le coût de la coque aurait augmenté, mais de l'autre, le passage à la propulsion atomique aurait libéré bien de la place à bord, et évité bien
des contraintes (pour en introduire de nouvelles, certes).
Il s'agissait bel et bien pour les amiraux des années 50 de concevoir des croiseurs polyvalents dotés d'une grande autonomie. Les différents projets de croiseurs-escorteurs le montrent amplement.
En outre, il semblerait que le CGN-9 Long Beach ait eu une certaine influence sur le projet car l'on retrouve dans cette formule écartée pour la classe Suffren :
Enfin, il convient de relever que ce soit la solution écartée pour les Suffren ou que ce soit l'escorteur à propulsion nucléaire, l'un des deux a bien du entrer "en conflit" avec une éventuelle refonte du Jean Bart en cuirassé lance-missiles.
Quoi qu'il en soit, la classe Suffren est par la suite réduite à deux unités. Le Jean Bart ne sera pas refondu. La liste des engins français en développement se réduit. Notamment, il ne sera plus question d'un missile anti-aérien à longue portée : le Masalca est abandonné en 1958. Quant au Malaface est jugé obsolète assez rapidement par la Marine nationale. Les contraintes financières défont cette volonté de l'état-major de la Marine de posséder, comme l'US Navy, de croiseurs à propulsion nucléaire.
Ce projet rapidement avorté demeure très intéressant car il est l'avatar du besoin de croiseurs pour une marine qui aspire aux grands espaces océaniques. Il s'agissait bel et bien de chosir de grandes unités polyvalente, aptent à durer à la mer, au détriment du nombre d'unités.
Il y a même deux conceptions intéressantes, le navire de surface à propulsion nucléaire, et le croiseur porte-engins polyvalent, qui ne se rencontreront pas dans la Marine nationale (puisque le Jean Bart ne sera pas refondu et l'escorteur à propulsion nucléaire ne sera pas construit). Mais la construction des quatre croiseurs Kirov en U.R.S.S. peut s'assimiler au mariage de ces deux tendances, portées à leur paroxysme sous la forme d'un navire de surface, sorte de nouveau croiseur de bataille, qui se veut l'alternative ou le complément au porte-avions. L'analogie est frappante, voir déroutante, quand des auteurs comparent le porte-avions au cuirassé : celui-ci ne serait que la continuation du navire de ligne.
Le débat perdure entre flotte de grandes unités polyvalentes au format réduit, et flotte d'unités spécialisées et nombreuses. Ce débat serait la continuation de celui lançait par la Jeune Ecole.
L'US Navy n'a pas sauté le pas du tout nucléaire pour ses croiseurs et destroyers. Le coût de cet investissement est à contre-balancer avec les bases avancées d'une marine mondiale.
L'absence de ce réseau de bases pour la marine russe explique pourquoi Moscou envisagerait des destroyers à propulsion nucléaire pour renouveler ses forces navales. De même que la capitale russe
fasse remettre en service des croiseurs à propulsion nucléaire, certainement pour compenser l'absence de bases et de porte-avions. En France, l'articulation entre croiseurs polyvalents et
frégates spécialisées est toujours une question d'actualité face à des aléas financiers qui cassent les programmes les mieux pensés... pour respecter les contraintes budgétaires.
Il n'est pas dit que les systèmes de défense anti-missiles balistiques réintroduisent la propulsion nucléaire à bord des escorteurs océaniques puisque la marine américaine a écarté l'option pour
ses destroyers Arleigh Burke et pour les Zumwalt. Dans le même registre d'idées, il n'est pas encore dit que les canons électromagnétiques obligent à réintroduire cette
propulsion atomique.
Est-ce que la propulsion nucléaire sera-t-elle à nouveau envisagée pour des croiseur-escorteurs ? La géographie pourrait l'imposer pour les marines qui maîtrisent d'ores et déjà cette propulsion
et qui ont besoin de se projeter pour répondre aux impératifs de la politique étrangère de leur Etat. Peut être que des considérations technologiques et énergétiques amèneront à reconsidérer
cette propulsion. Tout dépend certainement de la manière dont est analysé le coût/bénéfice du choix de cette propulsion par rapport à une autre qui userait de combustibles fossiles.
Pour aller plus loin :
© Wikipédia. Clément Ader en 1891.
"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.
Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.
Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées...
A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".
Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).
Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.
Commande et construction de deux nouveaux porte-avions dans les années 2030 ?
Marine. Une stratégie payante.
«Jean-Yves Le Drian, a clairement réaffirmé que «le renforcement des capacités de la Marine nationale serait poursuivi (...) comme un choix politique et stratégique prioritaire». Un membre important de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité traduit: «C'est le bilan politique le plus important d'Euronaval qui anticipe les arbitrages budgétaires du prochain Livre blanc.»
« La même source qui requiert l'anonymat précise que, «rompant avec les quinze dernières années, la Marine nationale ne sera plus la variable d'ajustement des autres armées».
« Au résultat, le naval de défense dispose aujourd'hui d'un carnet de commandes plus important que tous les prospects de l'aéronautique militaire. Il s'agit, par conséquent, d'un véritable moteur des exportations françaises. »
« Plusieurs des grands exposants d'Euronaval se félicitent que «notre Marine ait pu rattraper efficacement le retard qu'elle accusait sur les autres armées en matière de communication car elle est aujourd'hui barrée par un chef d'état-major hors du commun».
Article d'Etienne Pelot, le Télégramme, publié le 3 novembre 2012.
Et si la Marine pouvait défendre la croissance ?
"Mondialisation oblige, des millions de conteneurs voyagent chaque année sur les mers du globe. Evidemment, ces flux ne cessent de progresser. Si les océans sont des routes de premier choix, ils regorgent également de ressources… de plus en plus recherchées. Réserves d’hydrocarbures dans les sous-sols marins, présence de terres rares, lieu d’installation des éoliennes offshore et des hydroliennes… «Les océans deviennent un objet de convoitise», affirme le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux.
A tel point que les Etats se livrent une «véritable guérilla juridique» pour étendre leurs zones maritimes. Après avoir conquis les terres, l’homme cherche à s’approprier la mer. Où il parvient déjà à se sédentariser: plus de 700 plateformes sont aujourd’hui en service dans les océans du monde, et des milliers de salariés y travaillent.
[...]
D’où la nécessité, selon les sénateurs, de se doter d’une Marine nationale forte. Et c’est là que le bât blesse. Car si le budget de la
Défense connaît des coupes, celui de la Marine est particulièrement malmené.
«Ça fait quinze ans que la Marine sert de variable d’ajustement au budget de la Défense. Tout simplement parce que les armées de Terre et de l’Air sont bien plus organisées en termes de
lobbies parlementaires», explique un membre de la rédaction du site spécialisé Espritcors@ire.
En tout cas, le budget des marines européennes diminue chaque année de 1%, alors qu’entre 2011 et 2016, le budget naval de la Russie devrait augmenter de 35% et celui de la Chine, de 57%".
Article de Céline Boff, publié dans "20 minutes", le 12 juillet 2012.
Bibliographie et articles :
Le ministre a également confirmé le discours très engagé sur la place
du fait maritime dans le futur Livre Blanc, qu’il avait tenu le mois dernier aux Universités d’été de la Défense, à Brest, lors du lancement de la frégate Aquitaine :
« L’enjeu maritime est celui qui sera au cœur des années à venir. Après un 20è siècle de conflits continentaux, les nouveaux conflits et menaces viendront
de la mer. La souveraineté passe par la mer. Il est impératif de prendre en compte cette donne. Et c’est ce que j’attends du Livre Blanc. » Lorient, jeudi 18 octobre 2012 (par Mer et Marine).
Le ministre de la Défense a confirmé, décalé ou infirmé les programmes suivants intéressant la Marine dans le cadre de la future loi de programmation militaire (LPM)
:
Dissuasion :
Dans son ensemble, les deux composantes de la dissuasion nucléaire nationale sont préservées. C'est un engagement du Président de la République.
Dans le hors-série du "Marin" consacré au salon Euronaval, il est possible d'apprendre, à travers une interview du PDG de DCNS, Patrick Boissier, que les SNLE de troisième génération
seraient en cours de définition, voire d'études.
Le "M-6" serait lui aussi sur les rails puisque son développement dépend de deux dynamiques :
Flotte de surface :
Lutte anti-sous-marine :
Fonction Garde-Côtes :
Bibliographie :
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