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Le Fauteuil de Colbert
Crédit : inconnu.
Un de mes axes de réflexion sur ce blog est la construction de la Marine nationale dans le temps. J'ai même hésité à choisir comme titre "Savoir construire la Flotte dans le temps". J'essaie de comprendre, d'une part, les lois qui gouvernent la construction des escadres avec le meilleur rendement financier possible. D'autre part, à comprendre comment on arrive à s'éloigner de ces mêmes lois. Par "lois", j'entends la construction en série, en lot, la standardisation des coques, des équipements, la diminution du même nombre de plan... et peut être d'autres lois que j'ignore ou qui sont à découvrir.
Il m'arrive donc de prendre des partis qui ne sont pas forcément compris. Ainsi, en ce qui concerne les BPC, je plaidais déjà, bien avant ce blog, pour une composante toute amphibie. C'est un
choix mûrement réfléchi. Les finances y tenaient une grande place dans la nature de ce choix puisque Marine rime avec finances. Mais, que valait-il mieux faire ? Hésiter à passer à une composante
tout BPC, ou bien choisir de le faire et obtenir quatre vaisseaux neufs ? La construction en série et en lot permettait de baisser significativement le coût par unité, au point d'envisager une
cinquième unité pour remplacer la Jeanne d'Arc. Mer et Marine
envisageait un coût de 150 à 200 millions d'euros un BPC 3 pour remplacer la Jeanne d'Arc. Finalement, le BPC 3 est devenu le Dixmude, et construit plusieurs années plus tard, il nous coûte 400 à
500 millions d'euros.
Il y a des choix budgétaires qui amènent un plus grand nombre de coques que d'autre. Une Marine, c'est des navires.
Je passe outre le fait que ces BPC sont bien plus utiles qu'on s'autorise à le croire, et qu'ils rempliront des missions bien inattendues. Je tenterais de l'exposer dans d'autres billets.
Sinon, j'ai pu lire que par mon choix à 5 BPC, je ne me préoccupais pas de l'avenir du groupe aéronaval. Rien de plus faux pour ceux qui lisent ce blog et les échos de mes recherches que je
publie sur les pages Facebook et Twitter de ce blog. Je suis un partisan du défunt Amiral Barjot qui avait osé réclamer une Royale à 6 porte-avions à la fin des années 40 ! Un lecteur m'avait
fait remarquer qu'avec 4 BPC et 2 porte-avions, nous allions atteindre ce souhait. Cependant, il reste le problème du second porte-avions. Bien des personnes cherchent à imaginer la meilleure
solution possible, tant sur le plan technique que financier. J'aimerais leur faire remarquer une nouvelle fois que ce n'est pas un second porte-avions dont il faut parler, mais des PA2 et PA3. Je suis partisan d'une composante aéronavale à trois porte-avions.
Mais je suis également un lecteur attentif des "âges" du Charles de Gaulle ! Hors, si le PA2 est commandé entre 2015 et 2020, il deviendra bientôt question de remplacer le Charles de Gaulle dans
la foulée. Le scénario classique qui se dessine c'est une commande du PA2 qui accompagnera le Charles de Gaulle (sans même parler des problèmes de gestion du personnel s'il est conventionnel).
Cette commande sera "unique" puisqu'il risque de s'écouler entre la fin de la construction du PA2 et le retrait de service du Charles de Gaulle un laps de temps supérieur à 10, peut être même 15
ans. Je lis (dans le rapport du sénateur André Boyer sur le PA2 en 2000) qu'aux Etats-Unis ils partent d'un modèle et ne cessent de l'améliorer au fil du temps. De sorte que les études du
précédent modèle sont réutilisées pour le nouveau navire. Les gros équipements, ensembles et sous-ensembles du navire sont autant les mêmes que possible. Donc, quelque part, la standardisation
n'est pas entièrement respectée au profit d'une amélioration continue. Les modifications des nouveaux navires étant peut être répercutées sur les autres au cours des refontes. Mais, si vous vous
donnez la peine de revenir en France, alors vous êtes coutumiers d'une donnée sur le programme PA2 : le délai écoulé entre la construction du Charles de Gaulle et l'éventuelle construction d'un
PA2 est beaucoup trop grande pour espérer réutiliser les plans ! Il y a donc une perte financière sèche.
Donc, perdre des crédits budgétaires, c'est perdre des navires. Les plans et études du Charles de Gaulle représenteraient 600 à 700 millions d'euros, soit le coût de deux BPC construit en lot ou
d'une frégate de défense aérienne, même s'il faut rallonger pour celle-là. Ou tout simplement le coût d'une frégate FREMM. Ou d'un ensemble d'équipements plus petits mais tout aussi utile :
autoprotection, drones, drômes, etc...
Le message que je tentes de faire passer c'est que la construction d'une Flotte est faite de programmes qui s'inscrivent dans un ensemble. Il s'agit donc d'optimiser autant que possible ce
programme pour disposer du plus grand nombre d'unités possible aux meilleurs coûts. Bien entendu, le nombre de BPC est discutable. Néanmoins, il n'est absolument pas question d'un report des BPC
3 et 4 au profit d'un second porte-avions. J'essaie de démontrer qu'une commande en lot de 5 BPC aurait été beaucoup moins coûteuse que la réalité que nous connaissons. C'est-à-dire qu'à sommes
équivalentes, nous aurions pu avoir 5 navires, contre 3 actuellement. Deux navires de perdus -et ce sera encore pire avec le BPC 4 ! De même, je persistes, il ne faut pas parler du PA2, mais des
PA2 et 3. A moins de remplacer le Charles de Gaulle à temps pour profiter des études du PA2 et donc, de suivre le "modèle américain" en la matière pour construire des porte-avions.
In fine, il n'est pas question d'être le représentant officieux de tel ou tel chantier, voire de tout les chantiers. Je ne reçois aucune rémunération sonnante et trébuchante pour ce blog. Ni même
un livre. En aucun cas, non plus, je n'ai reçu une quelconque invitation à visiter ces mêmes chantiers. Et alors ? Je ferais tout ceci par intérêt personnel ? Non. Il est bien question de
regarder à quoi correspond le budget de la Marine depuis... 1870 (au moins) et de comprendre le cheminement des décisions et de tenter de délimiter les sommes qui ont été perdues faute d'une
stratégie de construction claire. L'optimisation parfaite ne peut pas exister, mais entre les errements doctrinaux et l'optimisation parfaite, il y a une marge. Comprendre ce qui conduirait à
améliorer la prise de décision pour avoir plus de bâteaux, c'est construire une Marine.
Une Marine, c'est des bâteaux. De Churchill à Coutau-Bégarie, c'est une leçon que l'on retrouve souvent.
© Wikipédia. Clément Ader en 1891.
"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.
Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.
Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées...
A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".
Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).
Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.
Commande et construction de deux nouveaux porte-avions dans les années 2030 ?
Marine. Une stratégie payante.
«Jean-Yves Le Drian, a clairement réaffirmé que «le renforcement des capacités de la Marine nationale serait poursuivi (...) comme un choix politique et stratégique prioritaire». Un membre important de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité traduit: «C'est le bilan politique le plus important d'Euronaval qui anticipe les arbitrages budgétaires du prochain Livre blanc.»
« La même source qui requiert l'anonymat précise que, «rompant avec les quinze dernières années, la Marine nationale ne sera plus la variable d'ajustement des autres armées».
« Au résultat, le naval de défense dispose aujourd'hui d'un carnet de commandes plus important que tous les prospects de l'aéronautique militaire. Il s'agit, par conséquent, d'un véritable moteur des exportations françaises. »
« Plusieurs des grands exposants d'Euronaval se félicitent que «notre Marine ait pu rattraper efficacement le retard qu'elle accusait sur les autres armées en matière de communication car elle est aujourd'hui barrée par un chef d'état-major hors du commun».
Article d'Etienne Pelot, le Télégramme, publié le 3 novembre 2012.
Et si la Marine pouvait défendre la croissance ?
"Mondialisation oblige, des millions de conteneurs voyagent chaque année sur les mers du globe. Evidemment, ces flux ne cessent de progresser. Si les océans sont des routes de premier choix, ils regorgent également de ressources… de plus en plus recherchées. Réserves d’hydrocarbures dans les sous-sols marins, présence de terres rares, lieu d’installation des éoliennes offshore et des hydroliennes… «Les océans deviennent un objet de convoitise», affirme le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux.
A tel point que les Etats se livrent une «véritable guérilla juridique» pour étendre leurs zones maritimes. Après avoir conquis les terres, l’homme cherche à s’approprier la mer. Où il parvient déjà à se sédentariser: plus de 700 plateformes sont aujourd’hui en service dans les océans du monde, et des milliers de salariés y travaillent.
[...]
D’où la nécessité, selon les sénateurs, de se doter d’une Marine nationale forte. Et c’est là que le bât blesse. Car si le budget de la
Défense connaît des coupes, celui de la Marine est particulièrement malmené.
«Ça fait quinze ans que la Marine sert de variable d’ajustement au budget de la Défense. Tout simplement parce que les armées de Terre et de l’Air sont bien plus organisées en termes de
lobbies parlementaires», explique un membre de la rédaction du site spécialisé Espritcors@ire.
En tout cas, le budget des marines européennes diminue chaque année de 1%, alors qu’entre 2011 et 2016, le budget naval de la Russie devrait augmenter de 35% et celui de la Chine, de 57%".
Article de Céline Boff, publié dans "20 minutes", le 12 juillet 2012.
Bibliographie et articles :
Le ministre a également confirmé le discours très engagé sur la place
du fait maritime dans le futur Livre Blanc, qu’il avait tenu le mois dernier aux Universités d’été de la Défense, à Brest, lors du lancement de la frégate Aquitaine :
« L’enjeu maritime est celui qui sera au cœur des années à venir. Après un 20è siècle de conflits continentaux, les nouveaux conflits et menaces viendront
de la mer. La souveraineté passe par la mer. Il est impératif de prendre en compte cette donne. Et c’est ce que j’attends du Livre Blanc. » Lorient, jeudi 18 octobre 2012 (par Mer et Marine).
Le ministre de la Défense a confirmé, décalé ou infirmé les programmes suivants intéressant la Marine dans le cadre de la future loi de programmation militaire (LPM)
:
Dissuasion :
Dans son ensemble, les deux composantes de la dissuasion nucléaire nationale sont préservées. C'est un engagement du Président de la République.
Dans le hors-série du "Marin" consacré au salon Euronaval, il est possible d'apprendre, à travers une interview du PDG de DCNS, Patrick Boissier, que les SNLE de troisième génération
seraient en cours de définition, voire d'études.
Le "M-6" serait lui aussi sur les rails puisque son développement dépend de deux dynamiques :
Flotte de surface :
Lutte anti-sous-marine :
Fonction Garde-Côtes :
Bibliographie :
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