Partager l'article ! Choix stratégiques de Hervé Morin: Du 18 juin 2007 au 13 novembre 2010, Hervé Morin aura été le ministre de la D ...
Le Fauteuil de Colbert
Du 18 juin 2007 au 13 novembre 2010, Hervé Morin aura été le ministre de la Défense du gouvernement de l'actuel Président de la République.
Ce passage à la tête d'un des ministères régaliens ne se fera pas sans heurt. Selon les affirmations du Nouvel Observateur (12 janvier 2012, n°2642), le ministre n'aurait eu "droit qu'à deux tête-à-tête et trois coups de fil en trois ans" (page 48). Pour la Ve République, au moins (ou depuis la centralisation monarchique ?), il est admis que la Défense (ou la Guerre) fait partie des "domaines réservés" du Président. Cela n'est pas dans la Constitution, stricto sensu, c'est-à-dire le texte en lui-même, mais, par traditon, par la coutume, les décisions essentielles sont prises à l'Elysée. Ce qui change avec la pratique du Président actuel par rapport à l'ancien, c'est que l'audience hebdomaire accordé par le chef de l'Etat au ministre de la Défense n'est plus.
Il n'est peut être pas inutile de rappeler le contexte gouvernemental, et dans quel cadre s'exerce le pouvoir, avant d'aborder les propositions de l'ancien ministre. Celui-ci se présente à l'élection présidentielle via son parti : le Nouveau Centre.
Le Nouveau Centre est l'un des deux fruits de la disparition de l'UDF, avec le MoDem de François Bayrou. Non pas qu'il soit nécessaire de relater sur ce blog de la "guerre des centres". Mais, ce rappel permet de raccrocher à de mes précédents billets où j'évoquais le livre de propositions de l'UDF de 1986, "Relever la Défense de la France", où l'ex-parti centriste proposait, notamment, de construire non pas deux navires pour remplacer les Foch et Clemenceau, mais bien trois ! En outre, ce courant politique est connu pour être très européen et très atlantiste.
Ces quelques précisions, très sommaires, vont nous permettre d'aborder sereinement ce que ce candidat à la Présidence de la Républie a à proposer pour la Défense nationale. Hervé Morin répond aux questions de Vincent Jauvert pour le Nouvel Observateur.
Premièrement, le candidat délimite la situation qu'il perçoit : l'effort de Défense n'a pu être stabilisé, malgré la crise, grâce aux recettes exceptionnelles (ventes immobilières, ventes des fréquences libérées par les Armées pour le réseau civil 4G). Il serait long et fastidieux de détailler les "aventures" de ces recettes exceptionnelles car elles ont été très longue à obtenir, et encore, il ne me semble pas que toutes ces recettes aient pu être perçues par la Défense. Il y a le discours et les faits. J'ai pu suivre l'élaboration de la loi de finances 2011, et ces recettes exceptionnelles n'étaient toujours pas là.
Autre chose, après 2012 il manquerait, selon le candidat, 30 milliards d'euros dans les caisses de l'Etat pour maintenir l'effort militaire sur les sept prochaines années. C'est-à-dire qu'il manquerait de quoi boucler la loi de programmation militaire actuelle (2009-2014) et la suivante (2015-2020).
La situation actuelle est dénoncée par beaucoup car les responsables politiques successifs ont pris les mauvaises décisions. D'une part, rare sont les programmes qui sont abandonnés quand il y a de sérieux doutes sur leur utilité ou leur caractère prioritaire. La solution préférée est, depuis la fin de la Guerre froide, l'étalement des programmes. D'autre part, le débat militaire français n'a cessé de voir son champ se réduire : cela n'aide pas à prendre des décisions radicales.
En fait, j'ai le regret de constater que le problème de 2007 se reproduit en 2012 : la "bosse budgétaire". Les gouvernants étalent les programmes d'armement dans le temps : les études sont
payés, mais les cadences ralentissent, et le volume à produire se réduit. Ce qui fait que nous avons eu un "changement de cible" (que c'est poétique) pour le programme Leclerc : de 1400 chars à
produire, la cible a été ramenée à 406. Exemple plus marin, en 2007 la cible de FREMM à produire a été ramenée de 17 (ou 19) à
11.
Quelque soit le programme, les constats sont toujours les mêmes : les coûts des programmes ne diminuent pas car la cadence baisse, et les besoins demeurent puisqu'il n'y a ni suppression de
programmes, ni besoins satisfaits. En outre, les retards engendrent des surcoûts puisque pour continuer à mener les missions, il faut continuer à travailler sur des matériels anciens. Ainsi, le
refus de construire le BPC Jeanne d'Arc a conduit à maintenir en service un navire qui consommait généreusement 20 ou 30 millions de MCO : contre 6 pour un BPC. Le cas de la modernisation des
Mirage 2000D, pour 750 millions, et qui a été abandonnée, n'était qu'une conséquence des retards de l'Etat à commander suffisamment (tôt) des Rafale.
La bosse budgétaire n'est donc que l'addition entre les retards, les pertes, les modernisations non-prévues ou non-anticipées (un standard F4 pour le Rafale ?!), les étalements de programmes, les volumes de matériels manquant... et ce qu'il fallait déjà financer pour la loi de programmation militaire suivante.
Ce problème, primordial et central, met en relief la crédibilité de l'Etat pour conduire ses investissements. Si le candidat Morin ne s'intéresse pas à ces marges là pour optimiser les investissements, trois députés (Patricia Adam (PS), Patrick Beaudouin (UMP) et Yves Fromion (UMP, ancien officier) l'on fait. Ils ont rédigé un rapport parlementaire très instructif sur ces "problèmes de gestion" dans l'exécution de la loi de programmation militaire 2003-2008.
Que propose donc Hervé Morin ? Il semblerait que le Rafale soit dans la ligne de mire du candidat. La gaffe de l'actuel ministre de la Défense, Gérard Longuet, n'en était peut être pas une quand il évoquait la fin de la production de l'appareil. Si l'ancien ministre affirme que "l'armée de l'air, la meilleure d'Europe" est "surdimensionnée". L'ancien ministre de la Défense voit deux mesures : de nouvelles fermetures de bases aériennes, et une réduction de voilure. Toutefois, Morin se garde bien de préciser si c'est le nombre de Rafale qui est en cause puisque l'Armée de l'Air c'est aussi la défense anti-aérienne (SAMP/T ou Mamba) ou encore la surveillance de l'Espace. Enfin, une éventuelle réduction du nombre de Rafale à mettre en oeuvre ne serait pas quelque chose d'original dans une Europe où la Royal Air Force et l'armée de allemande semble tendre vers 180 avions de combat pour chaque.
En revanche, cette diminution de commandes renvoie directement aux remarques sur la gestion des programmes : la Cour des comptes a réévalué le coût unitaire du Rafale TTC à 152 millions d'euros pour cette année, et une réduction de voilure ne ferait que faire bondir ce coût unitaire. Même le coût unitaire de production (la construction de l'appareil en lui-même) ne pourrait que bondire.
Là où Hervé Morin est original, c'est quand il propose de réduire la force de frappe de l'Armée de l'air pour... construire le second porte-avions. En effet, le candidat ne tient pas à préserver l'objectif de l'actuel Livre blanc de 320 appareils de combat. Mais il préserverait, tant bien que mal, le contrat opérationnelle en permettant à la Marine de déployer la plus grande partie des 70 appareils réclamés par ce contrat.
Morin estime le coût du second porte-avions à 2 milliards d'euros. Dans la première partie des années 90, ce coût aurait pu correspondre à un navire nucléaire. Actuellement, c'est un devis très ambitieux, même pour un navire à propulsion classique : la DGA travaille depuis plusieurs années sur un devis de 2,5 milliards d'euros HT.
Autre cible de l'ancien ministre de la Défense : la composante Air de la dissuasion nucléaire. Si le journaliste fait, justement, remarquer que la suppression du premier pilier historique de la force de frappe français ne rapporterait "que" quelques centaines de millions d'euros, le candidat répond que c'est déjà beaucoup dans le contexte actuel. Il est très difficile de lui donner tort quand l'on sait que ce coût pourrait permettre de dégager des marges de manoeuvres pour les forces conventionnelles.
Pour contrebalancer cette réduction nucléaire (sachant que la composante Air est la plus utile pour la "gesticulation" diplomatique, et la moins coûteuse), le centriste propose naturellement de s'appuyer sur l'Europe et l'OTAN. La France lancerait un ballon d'essai en matière de dissuasion franco-allemande avec la constitution d'une composante air commune.
Là où cela redevient très intéressant, c'est que Hervé Morin affirme qu'il ne faut pas participer au bouclier anti-missiles (défense anti-missiles balistiques de territoire) : "de toute façon il
sera, de fait, sous commandement des Américains, même dans sa partie européenne. Alors pourquoi le financer ?"
L'assurance vie de la Nation serait constituée par la seule "composante, totalement indépendante, la sous-marine".Le candidat ne s'inscrit pas dans les ambitions du "Global zero" du président
américain.
In fine, ce qui se dessine dans ce discours-ci du candidat, c'est un virage très marin avec le choix de la construction de second porte-avions en prenant sur l'Armée de l'air et le choix d'une dissuasion ramenée à son seul vecteur sous-marin. Il est assez "révolutionnaire" de proposer de confier en priorité à l'Aviation navale le soin de remplir le contrat opérationnel de l'actuel Livre blanc au détriment de sa consoeur historique. L'hypothétique futur président irait-il jusqu'à proposer de doter en priorité l'aéronavale des livraisons de Rafale ? Je ne résiste pas à l'envie de citer, de mémoire, la conviction d'un ancien CEMM, l'Amiral Lannuzel : "la permanence aérienavale c'est deux porte-avions, et deux groupes aériens embarqués". In fine, second GAE ou non, nous nous dirigerions vers des porte-avions plus grands afin de remplir autant que possible les ambitions du candidat.
Il semblerait, et cette élection présidentielle sera historique à ce sujet, que les candidats prennent conscience du caractère insulaire de notre pays : la France est une île au milieux d'une Europe (plus ou moins) en paix et il en irait de nôtre intérêt de nous défendre le plus en avant possible. Il était temps. Ce n'est pas le seul candidat à faire ce constat et Mars Attaque le relève pour Marine Le Pen (FN). D'autres candidats risquent de se prononcer dans ce sens là.
© Wikipédia. Clément Ader en 1891.
"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.
Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.
Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées...
A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".
Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).
Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.
Commande et construction de deux nouveaux porte-avions dans les années 2030 ?
Marine. Une stratégie payante.
«Jean-Yves Le Drian, a clairement réaffirmé que «le renforcement des capacités de la Marine nationale serait poursuivi (...) comme un choix politique et stratégique prioritaire». Un membre important de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité traduit: «C'est le bilan politique le plus important d'Euronaval qui anticipe les arbitrages budgétaires du prochain Livre blanc.»
« La même source qui requiert l'anonymat précise que, «rompant avec les quinze dernières années, la Marine nationale ne sera plus la variable d'ajustement des autres armées».
« Au résultat, le naval de défense dispose aujourd'hui d'un carnet de commandes plus important que tous les prospects de l'aéronautique militaire. Il s'agit, par conséquent, d'un véritable moteur des exportations françaises. »
« Plusieurs des grands exposants d'Euronaval se félicitent que «notre Marine ait pu rattraper efficacement le retard qu'elle accusait sur les autres armées en matière de communication car elle est aujourd'hui barrée par un chef d'état-major hors du commun».
Article d'Etienne Pelot, le Télégramme, publié le 3 novembre 2012.
Et si la Marine pouvait défendre la croissance ?
"Mondialisation oblige, des millions de conteneurs voyagent chaque année sur les mers du globe. Evidemment, ces flux ne cessent de progresser. Si les océans sont des routes de premier choix, ils regorgent également de ressources… de plus en plus recherchées. Réserves d’hydrocarbures dans les sous-sols marins, présence de terres rares, lieu d’installation des éoliennes offshore et des hydroliennes… «Les océans deviennent un objet de convoitise», affirme le sénateur (PS) Jeanny Lorgeoux.
A tel point que les Etats se livrent une «véritable guérilla juridique» pour étendre leurs zones maritimes. Après avoir conquis les terres, l’homme cherche à s’approprier la mer. Où il parvient déjà à se sédentariser: plus de 700 plateformes sont aujourd’hui en service dans les océans du monde, et des milliers de salariés y travaillent.
[...]
D’où la nécessité, selon les sénateurs, de se doter d’une Marine nationale forte. Et c’est là que le bât blesse. Car si le budget de la
Défense connaît des coupes, celui de la Marine est particulièrement malmené.
«Ça fait quinze ans que la Marine sert de variable d’ajustement au budget de la Défense. Tout simplement parce que les armées de Terre et de l’Air sont bien plus organisées en termes de
lobbies parlementaires», explique un membre de la rédaction du site spécialisé Espritcors@ire.
En tout cas, le budget des marines européennes diminue chaque année de 1%, alors qu’entre 2011 et 2016, le budget naval de la Russie devrait augmenter de 35% et celui de la Chine, de 57%".
Article de Céline Boff, publié dans "20 minutes", le 12 juillet 2012.
Bibliographie et articles :
Le ministre a également confirmé le discours très engagé sur la place
du fait maritime dans le futur Livre Blanc, qu’il avait tenu le mois dernier aux Universités d’été de la Défense, à Brest, lors du lancement de la frégate Aquitaine :
« L’enjeu maritime est celui qui sera au cœur des années à venir. Après un 20è siècle de conflits continentaux, les nouveaux conflits et menaces viendront
de la mer. La souveraineté passe par la mer. Il est impératif de prendre en compte cette donne. Et c’est ce que j’attends du Livre Blanc. » Lorient, jeudi 18 octobre 2012 (par Mer et Marine).
Le ministre de la Défense a confirmé, décalé ou infirmé les programmes suivants intéressant la Marine dans le cadre de la future loi de programmation militaire (LPM)
:
Dissuasion :
Dans son ensemble, les deux composantes de la dissuasion nucléaire nationale sont préservées. C'est un engagement du Président de la République.
Dans le hors-série du "Marin" consacré au salon Euronaval, il est possible d'apprendre, à travers une interview du PDG de DCNS, Patrick Boissier, que les SNLE de troisième génération
seraient en cours de définition, voire d'études.
Le "M-6" serait lui aussi sur les rails puisque son développement dépend de deux dynamiques :
Flotte de surface :
Lutte anti-sous-marine :
Fonction Garde-Côtes :
Bibliographie :
Derniers Commentaires